jeudi 10 août 2017



Étant donné que les vaches remuent la queue pour chasser les mouches mais qu'elles ne peuvent pas chasser les mouches qui les embêtent hors de portée de leur queue, sur leur visage par exemple, je me demande si ces animaux pourraient évoluer pour avoir des queues plus longues. D'un autre côté, si leurs queues devenaient assez longues, elles risqueraient de traîner par terre et on marcherait dessus. Pour que les vaches puissent chasser les mouches de leur visage, pourrait-on envisager de leur mettre un chapeau à bouchons sur la tête, comme on le fait sur les humains en Australie ?

mardi 25 juillet 2017

♪ 59 : Le Septième Sang Blanc Noirci

Si vous vous intéressez aux musiques expérimentales récentes mais que vous n'avez pas envie de vous casser les oreilles, je vous conseille de jeter une oreille à Mono no Aware du label PAN. Seize pistes par dix-huit artistes, des impressions mêlées de paix, de mélancolie, d'anxiété… On peut se laisser bercer, le disque est proche de l'ambient, mais jamais dénué d'une certaine étrangeté. Crépusculaire.

S'il y a une piste qui se démarque vraiment dessus à mes oreilles, c'est celle de Malibu, une artiste française (qui n'a pas encore sorti d'album ni d'EP complet mais qui me donne envie d'en écouter plus) ; cette “Held” me fait penser à un pendant intimiste et peut-être accidentel de la sublime “Batwings” de Coil. La piste suivante d'Yves Tumor n'est pas en reste avec son insouciance ambigue… Toutes ne sont pas aussi mémorables, mais l'ensemble tient très bien la route.




Blood Bitch de Jenny Hval me rappelle un peu ces BDs autobiographiques, « romans graphiques » où des tranches de vie sont racontées de manière très personnelle et un peu fantastique, de petits événements du quotidien qui côtoient des traumatismes et des fées qui sortent des arbres.

Ici, ça prend la forme d'un album avec des vampires. C'est de la pop si on veut. Ça l'est souvent, peut-être parce que c'est une manière simple de raconter quelque chose en musique. Parfois, c'est juste une respiration paniquée sans paroles. La plupart du temps, c'est introspectif, souvent un peu étrange parce que nos pensées sont étranges et qu'il n'y a pas de raison de cacher cela. Sur “The Plague”, ça devient très expérimental et inquiétant. Je viens d'apprendre que Lasse Marhaug (de Jazkamer, un groupe de noise expérimental norvégien) a co-produit l'album, je ne m'y attendais pas du tout, c'est plutôt chouette.

Il y a des gens qui trouvent que Blood Bitch est prétentieux ou immature. Je ne trouve pas ces chansons prétentieuses du tout, au contraire même, et je me fiche qu'elles soient immatures ou non. Jenny Hval me semble faire ce qu'elle veut et ça me plaît.




Il y a au moins deux bonnes raisons d'aimer les Melvins : leur sludge, toujours un peu pareil mais aussi lourd et fiable que la grosse masse en fonte achetée par votre grand-père il y a cinquante ans, et leur goût pour l'expérimentation qui ne se prive d'aucune bizarrerie et va volontiers jusqu'à la trollerie*. (La fantastique coupe de cheveux de King Buzzo n'a hélas aucun effet sur la musique même, mais on peut en parler aussi quand même.)

* Le mot officiel est « trollage » mais c'est plutôt moche comme mot, non ?

Si vous n'avez jamais écouté les Melvins, je recommande toujours Stoner Witch en priorité.

Aujourd'hui j'écoute Honky, à mes oreilles un de leurs meilleurs disques expérimentaux. Ça commence par “They Must All Be Slaughtered”, huit minutes d'ambiance sulfureuse anesthétisante avec un chant de sirène lointain, qui enchaîne abruptement sur une grosse piste sludge qui réveille — puis, pour les habitués qui auraient vu venir le coup, sur la carrément dissonante et bruitiste “Lovely Butterfly”. Après cela, on enchaîne sur les mélanges entre ces trois extrêmes, atmosphères et guitares lourdes, le bidule se construit un peu dans tous les sens mais il tient toujours la route. (Avec plus de cohérence à mon avis que sur Stag, l'album précédent, pourtant mieux noté en général mais qui ne m'accroche pas autant.)

Et comme ce sont les Melvins, après la dernière piste il y a vingt minutes de silence suivies par




On m'a vendu Dog Fashion Disco comme un groupe à écouter pour qui aime Mr Bungle et on ne m'a pas menti.

Adultery se présente comme un plaisir coupable, et c'en est bien un — un album à histoire salement immoral, haut en couleur, jouissif, dérangeant, et sans aller jusqu'aux délires de Mr. Bungle où tout est permis, quand même bien déjanté. Les mecs (pour le coup, c'est vraiment un album de mecs — j'ai grimacé à la fin de “Private Eye” avant d'en rigoler tellement c'est excessif) sont sacrément doués pour écrire des pistes accrocheuses ; le chanteur rivalise avec Mike Patton sur le même terrain sans donner l'impression de le copier (rien que ça, pour moi ça vaut l'écoute). Et l'ambiance est fidèle à la pochette, résolument pulp, avec des tubes rageurs et des mélodies jazzy tropicales. Entre un film de Tarantino et cet album, je choisis l'album. (Aussi parce qu'il y a des films de Tarantino que j'ai plutôt aimés et d'autres que j'ai franchement détestés.)

Il paraît que ce genre peut s'appeler “circus metal”, en passant.




Vaudeview Over for Blackened Tea and Hashishans d'At Jennie Richie est un disque qui gravite autour des collages industriels et dark ambient d'artistes comme Nurse with Wound, mais avec une approche nettement plus sobre. Pas de chaos, pas d'attaques, tout est dans la suggestion ; les arrière-plans intriguent, séduisent, inquiètent, et au premier plan il n'y a rien. Ou plutôt rien que des espaces vides. Parfois, même les arrière-plans semblent coupés ou masqués, comme la percussion sur “Avoid Heavy Rains on Yr Body” (un seul beat qui s'arrête net, bloqué par le silence, et des présences étranges qui passent, menaçantes, autour de lui — c'est d'une absurdité mais aussi d'une noirceur impressionnantes).

Du coup, c'est un album presque vaporeux, mais aussi très réussi.

En y repensant, c'est aussi comme ça que Nurse with Wound était à son meilleur : dans les huis clos dépouillés de Homotopy to Marie ou les drones minimalistes d'outre-monde de Soliloquy for Lilith.




Et puis j'ai beaucoup écouté Balance 007 de Chris Fortier, un des rares double mixes que j'ai pu écouter où les deux disques sont aussi bons l'un que l'autre (il y a même un troisième disque bonus qui n'est pas en reste). Des notes trippantes de house progressive au premier plan équilibrées par de la techno qui apporte un peu d'ombre, c'est relativement sobre sans être austère, très prenant, classique au premier abord mais plus je les écoute et meilleurs je les trouve.

vendredi 21 juillet 2017

Rêves (juin + juillet 2017)

6 juin 2017 : Je suis sur mon ordinateur. J'ai envie de dormir, mais il n'est que 0:10 et il fait encore grand jour dehors… Quelque chose flotte en l'air, vole et tombe sur le rebord de ma fenêtre. On dirait un grand mouton de poussière gris et allongé. Plus tard, il ressemble à une chenille monstrueuse avec une grosse tête. La chenille est dans ma chambre maintenant. Et se met à se changer en une espèce de loutre qui court partout. J'aimerais l'attraper pour la remettre dehors, mais je n'ose pas la prendre avec les mains. Je cherche un filet mais je n'en ai pas.






13 juin 2017 : Je visite Paris.

Il y a une grande place rectangulaire pavée en gris clair, avec plein de bâtiments connus, bien rangés les uns contre les autres. Il y a étonnamment peu de monde.

Je décide d'aller voir la cathédrale Notre-Dame en premier. Je ne sais plus pourquoi, j'ai une discussion/dispute avec le gardien (peut-être parce qu'il y a des gens importants qui visitent et ne veulent pas me voir… quelque chose comme ça).

À l'intérieur, l'horloge a été rénovée, avec un cadran en bleu marine qui indique 24 heures divisées en quatre groupes (comme dans certains pays asiatiques), en chiffres romains argentés — mais en Comic Sans MS, ce qui est assez peu fidèle au style du reste de la cathédrale. Le 6 est indiqué par un Λ. Le cadran indique donc I II III IV V Λ I II III IV V Λ I II III IV V Λ I II III IV V Λ.







13 juillet 2017 : Je suis en voyage en Chine.

Il y a un musée sur la culture Mongole avec plein d'antiquités. Un grand trou en forme de ◇ se trouve en plein milieu d'un couloir, si on ne regarde pas par terre on peut très facilement tomber dedans ; je manque de tomber, ou bien je tombe puis je reviens en arrière avant ma chute. (On voit l'étage inférieur éclairé à travers.)

En passant, mes cheveux frôlent un vase rouge. Le Mongol qui garde le musée (peu sympathique) prend une mine renfrognée et frotte énergiquement le vase pour le nettoyer. Mes cheveux ne sont pas si sales que ça pourtant, je les lave tous les deux jours.

Je sors du musée. Dehors (la rue est assez bondée) il y a un café pour lesbiennes avec comptoir et tables en bambou qui sert du mochi à la vanille dans des assiettes gris clair.

Prétextes d’Itayaxa, Livre XIIV, lignes 66 à 66½

[…]

Agis selon tes convictions, mais aussi contre elles — surtout si tu n’en as pas.

(D’ailleurs, sais-tu bien d'où elles viennent ? On a fait des progrès sur la traçabilité des convictions ces derniers temps, mais c’est fou le nombre de gens qui n’y font pas attention ! C’est le genre de produit dont il est difficile de se passer et qui contient très souvent plein de substances louches et de traces de produits toxiques, en tout petit dans la liste d’ingrédients que personne ne veut lire. Surtout dans les traditionnelles.

Garde toujours un peu de doute sur toi au cas où, ça fait plus de bien que de mal.)

[…]

mercredi 28 juin 2017

♪ 58 : Copies Homothétiques d’Allumettes Lunaires

Xerrox Vol. 1 d'Alva Noto repose sur le contraste entre sons « humains », acoustiques ou simili-acoustiques (je les aurais décrits comme « chauds » si j'écrivais ces lignes en hiver, mais c'est plus possible de donner à « chaud » un quelconque sens positif là) et textures glitch. Ça me paraissait déjà une bonne idée sur papier, mais sur disque, c'est impressionnant : le mec prend trois notes, de la friture, et il en sort une piste sublime.

La série est basée sur l'idée des originaux, des copies et des distortions induites dans le processus ; le thème de ce premier volume est “Old World”, où la musique classique est copiée et déformée dans des mélodies commerciales d'hôtels, d'aéroports et autres chaînes, puis samplées par l'artiste dans une musique dont la beauté ne semble plus artificielle. Le second volume, sous-titré “To the New World”, se rapproche plus de l'ambient classique (le genre que j'appelle “fuzzy ambient”, genre Tim Hecker), avec plus de drones, de densité, moins de dynamisme. Le troisième volume, sous-titré “Towards Space”, contient pas mal de synthés et est inspiré par des bandes son de films de science-fiction. Les trois valent le coup ; il y en aura cinq en tout.

(Petite énigme : que signifient “Haliod” et “Astoria” dans les titres des pistes ?)



Richard Devine a battu Autechre à leur propre jeu. Son EP Richard Coleman Devine commence par du bruitisme glitch organisé sur des rythmes IDM entraînants avec une quasi-mélodie ; suit une courte expérimentation atonale… et si tout avait été de cet acabit, le disque aurait déjà été très bon, mais ensuite les mélodies prennent le devant et ça devient superbe. Tous les éléments sont maîtrisés, l'équilibre entre bruitisme, complexité, mélodies et atmosphères est parfait. Honnêtement, c'est un des meilleurs disques d'IDM que j'ai pu écouter.

(La première édition de l'album avait 리처드디바인 écrit sur la pochette — c'est simplement une translittération en coréen de “Richard Devine”. Les pistes sont sans titre selon toutes les sources que j'ai pu consulter, mais le rip que j'ai téléchargé sur Soulseek avait des titres qui n'apparaissent nulle part ailleurs : 1. Wren, 2. Coleman, 3. Dipole Moment, 4. Coliseum of Couches, 5. Thumbprint et 6. Metravolt. Probablement l'utilisateur qui a eu envie de donner ses propres titres ?)



Je n'avais pas écouté BADBADNOTGOOD jusqu'ici à cause de leur nom ridicule, de leurs titres sans voyelles et du fait que je ne savais rien sur eux à part que c'était un groupe à la mode. Mais , avec cette pochette aussi colorée qu'une glace fusée et add_den qui lui donne un 4/5, j'ai décidé de tenter le coup quand même. J'ai bien fait ! C'est du jazz fusion tout ce qu'il y a de plus cool, mélodique, principalement instrumental sauf quand il y a des invité·e·s, des inspirations soul et hip hop. Rien de très novateur sans doute, mais c'est carrément agréable. Si le refrain de “Time Moves Slow” ne vous vend pas le disque et ne vous reste pas en tête ensuite, vous pouvez passer votre chemin, tant pis — si vous aimez, vous aimerez probablement tout. “In Your Eyes” est particulièrement réussie aussi.



Agglomeration and Homothety d'Acreil est un album d'ambient (?) microtonal, taggé également « algorithmique », « acousmatique » et « génératif ». Deux longues pistes, la première basée sur une série d'harmoniques de 30 Hz, la seconde en 19-EDO. Ça ressemble par moments à du space ambient avec des mélodies minimalistes expérimentales et de jolis effets spatiaux, à un moment la dissonance augmente jusqu'au bruitisme… L'album est difficile à décrire tant il est à la fois planant et étrange, il peut donner des impressions contradictoires et évoquer des images complètement différentes selon l'humeur. Du coup il tient carrément les écoutes multiples. Très bon disque en tout cas.



Matches de Coppice est un disque que j'ai beaucoup écouté avant de pouvoir en parler, ou même d'avoir une opinion à son sujet. Il commence de manière crispante, avec une piste introductive atonale d'une minute et demie suivie par un drone grinçant à peu près aussi agréable qu'une fraise de dentiste ou que des ongles sur un tableau noir (joué à l'aide d'une shruti box, d'un mélodica et de clés en laiton). Si vous tenez le coup, le reste du disque vous proposera d'autres drones et bruits paradoxaux qui pourraient évoquer un orage, une bête qui gronde, un soufflet de fonderie… tout en restant complètement étrangers à toute esthétique habituelle. Le groupe présente l'album comme une histoire à nombreuses pièces manquantes ; je dirais plutôt une histoire écrite dans une langue complètement inconnue, mais pas dénuée de poésie. Primaire voire brutale en apparence, pourtant subtile quand on l'écoute avec attention.



Lunar Phase de Heavenly Music Corporation — un alias de Kim Cascone, que je connaissais surtout par ses disques expérimentaux / microsound mais qui a aussi fait de la musique de films — est un disque d'ambient électronique psychédélique… qui ressemble beaucoup à sa pochette, en fait. Il date de 1995, donc ni ironie, ni nostalgie dans cette image de synthèse un peu basique — imaginez plutôt jouer à un jeu vidéo de l'époque et tomber sur ces paysages-là. Au niveau de l'esprit, ça peut rappeler certains albums de psybient, super planant et agréable. La musique de l'album a été composée à l'origine pour une station de radio japonaise qui diffusait de l'ambient en continu et dont la programmation suivait le cycle des marées ; dommage qu'elle n'existe plus, j'y aurais bien jeté une oreille !

jeudi 1 juin 2017

Jean-Claude Naroutot Contre les Extraterrestres



Nouvelle BD courte ! C'était censé être une parodie d'une certaine bande dessinée asiatique connue, mais au final ça ressemble plus à La Soupe aux Choux, haha (hum). Cliquez ici sur l'image ci-dessous pour la lire !

samedi 27 mai 2017

♪ 57 : Où Vont les Mèches Parfumées des Sages Nymphes de l’Île

J'aime de plus en plus Nicolas Jaar. Sirens, son dernier album, est assez inclassable ; pop mais uniquement par touches éparses, on pourrait y entendre des inspirations de Kid A de Radiohead ou même de certains disques de prog (sans l'extravagance) dans la manière dont les atmosphères et expérimentations prennent le pas sur le chant… On y entend du piano quasi-impressionniste avec des bris de verre, de légères touches de glitch, l'étonnamment rythmée “Three Sides of Nazareth”, la mélodie faussement douce et ironique de “History Lesson” qui tranche avec tout le reste (il faudrait que je décrive “No” aussi mais je ne connais pas le nom de ce style)… Très éclectique mais toujours atmosphérique, mélancolique, épuré. C'est plus un album pour qui aime l'ambient et les musiques expérimentales que pour qui aime la chanson même. À moi en tout cas il me plaît beaucoup !

(Et oui, il existe bien une édition spéciale de l'album avec une pochette à gratter, fournie avec la pièce.)


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+ Et puis il a sorti Nymphs aussi, un cousin plus électronique et plus expérimental, tout aussi bon voire meilleur. Sans rock cette fois (il y en avait un peu sur Sirens), et le chant y est encore plus rare. La plupart du temps, on y explore des limbes semi-électroniques, parfois étranges, souvent très mélancoliques ; on y trouve aussi quelques rythmes électroniques entraînants, comme sur “Swim” et “Fight”. Le meilleur moment du disque est le groove évanescent à la fin de “Don't Break My Love” — à la fin uniquement, ça dure à peine une minute, mais ça suffit à colorer tout le disque.



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L’Ange le Sage de Gaël Segalen se présente comme un album de phonographies qui se dansent, mais ce n'est pas tout à fait comme ça que je les décrirais. Disons plutôt un chaos organisé, où des rythmes et quasi-mélodies émergent au milieu du tumulte — les phonographies sont superposées au point de brouiller les pistes, difficile d'identifier un environnement ; difficile aussi de mettre le doigt sur ce qui donne à la musique son caractère particulier ! Ça me fait un peu penser à ces images accélérées de la vie en ville, où le monde prend des allures étrangères mais où l'on peut repérer des motifs dans la foule, les lumières…


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Fill My Body with Flowers and Rice d'Alice Kemp est un disque qui me fait froid dans le dos. Sept pistes minimalistes, avec une palette de sons maigre mais différente à chaque fois : de l'eau qui coule, des soupirs, du piano, des cris plus ou moins étouffés, des grincements de bois… et toujours des vides angoissants. J'ai pas mal d'autres disques de musique concrète qui jouent uniquement avec des textures, mais ici le but ne semble pas être d'expérimenter avec les formes ou l'esthétique — ce serait plutôt sept chapitres d'une nouvelle sans paroles. Plutôt fantastique ou d'horreur.



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Strands de Steve Hauschildt est un album de synthés modulaires / ambient où l'on peut entendre des influences de Klaus Schulze, de Manuel Göttsching, de l'ambient des années 90 (qui n'a pas évolué tant que ça depuis)… Rien de surprenant au niveau du style donc, c'est planant, agréable et classique — mais à partir de “Ketracel”, on a droit à des moments de beauté mélancolique parfaite. Assez pour que je me surprenne à y revenir encore et encore.

Trouvé sur ce top (des 100 meilleurs disques d'ambient de 2016, excusez du peu).


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Pistachio Island d'Ilkae est un album d'IDM plein de mini-pépites. Une à deux minutes par piste, l'enchaînement a quelque chose de frénétique mais c'est contrebalancé par une impression paradoxale de tranquilité, des mélodies toujours bien présentes et des rythmes plutôt calmes pour le genre… Et en fait on n'a pas l'impression que les pistes soient si courtes, surtout qu'elles ont toutes quelque chose à offrir !

Niveau style, pensez plutôt à Plaid ou Telefon Tel Aviv qu'à Aphex Twin ou Autechre — avec aussi une petite influence de hip hop instrumental et beaucoup de subtilité. Cerise sur le gâteau, l'album est conçu pour être joué en mode aléatoire (testé et approuvé).

À noter qu'un autre artiste, Agargara, a sorti une version remixée intégrale du disque.


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Neroli de Brian Eno est un disque extrêmement minimaliste (plus encore que Discreet Music), je ne savais pas qu'il en avait fait de pareils. Genre une note toutes les cinq secondes, parfois trois ou quatre — assez pour que la mélodie semble toujours sur le point de se déliter et n'être plus que des notes isolées. C'est en mode phrygien (et je crois que c'est ça qui fait que j'aime Neroli alors que je n'aime pas trop Discreet Music). À écouter en arrière-plan. L'autre jour, j'écoutais ça quand il y a eu un orage et une grande pluie qui ont commencé, ça convenait parfaitement.

Une réédition récente ajoute à Neroli un autre disque monopiste, New Space Music, un drone agréable. Dans le livret, Eno fait un parallèle entre l'indescriptibilité des odeurs et celle des timbres sonores et parle de son intérêt pour les parfums.


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Where Are We Going? : Octo Octa a fait son coming out et sorti un très bon disque de deep house, intitulé pour l'occasion. Un album autobiographique, principalement instrumental mais qui prend une autre dimension quand on fait les liens avec les titres (principalement au niveau des émotions, mais il y a aussi par exemple une piste qui évoque la vie de l'artiste à quinze ans avec des samples de musiques qu'elle écoutait à l'époque)… Et c'est un sentiment d'espoir, de soulagement et d'optimisme qui ressort de l'album en entier. Ça fait plaisir à entendre !

Le son rappelle un peu celui de DJ Sprinkles, et je ne dis pas ça seulement à cause des thèmes. Si ça vous intéresse, il y a une conversation entre les deux artistes ici.


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samedi 29 avril 2017

Mots (5)



(Cliquez ici pour lire les posts précédents de la série.)

XXXVIII.
Comment désigne-t-on une insulte déguisée en compliment en français ? En anglais, on dit “backhanded compliment” (et il existe aussi l'inverse, “backhanded insult”), ce qui a pu être traduit par « faux éloge », « compliment à revers », « compliment équivoque », « compliment à double tranchant » (ces deux derniers ne me paraissent pourtant pas avoir le même sens)… En cherchant un peu plus loin, on peut trouver les mots « diasyrme » (pour l'insulte déguisée en compliment) et « astéisme » (pour son inverse, le compliment déguisé en insulte — c'est courant, ça ?), sauf que les dictionnaires ne s'accordent pas du tout sur ces sens. Et qu'il s'agit de mots tellement rares que personne ne les utilise de toute façon, donc autant les éviter.

Je pense que je dirais « faux compliment », mais je ne me souviens pas d'avoir déjà vu ce mot-là utilisé en français. La pratique même est-elle moins courante en français qu'en anglais ?


XXXIX.
J'ai retrouvé le mot que j'avais perdu la dernière fois ! C'est « paralipomènes » (encore mieux en anglais : “paralipomena”), et ça désigne un addendum ou contenu supplémentaire rajouté à la fin d'un ouvrage. L'inverse, soit une introduction ou des préliminaires, ce sont les « prolégomènes ». Ni les paralipomènes ni les prolégomènes ne semblent s'accomoder du singulier. (C'est pas ça qui m'empêchera de l'utiliser quand même si j'en ai envie : un paralipomène, un prolégomène.)


XXXX.
En finlandais, “hyppytyynytyydytys” signifie “satisfaction due à un coussin qui rebondit”.


XXXXI.
Saviez-vous que le mot « gianduja » se prononce [dʒanˈduːja] en italien, soit à peu près « djanne douilla » (et non « jian duja ») ? … Et maintenant, vous avez le choix : utiliser la prononciation francisée, qui paraît erronnée (mais que tout le monde utilise), ou utiliser la prononciation italienne et faire preuve de snobisme. Le nom vient d'un personnage de la commedia dell'arte, Gioan d'la douja (« Jean de la Chope ») ; et pour être précis, les bonbons de chocolat qu'on appelle souvent « gianduja » sont des gianduiotti — un gianduiotto, des gianduiotti —, confectionnés à partir de gianduja et dont la forme rappelle le chapeau de Jean de la Chope.


XXXXII.
Je trouve que le titre de l'ouvrage de Kierkegaard Enten – Eller se traduit très mal en français. Aussi trouve-t-on en librairie Ou bien… ou bien. En théorie, le sens y est, mais cette répétition exacte — qui paraît pourtant plus logique, plus élégante à première vue — fait perdre de la clarté à l'expression, et sonne plutôt mal. Les points de suspension donnent aussi l'impression de quelqu'un qui hésite, et même pas forcément qui hésiterait entre deux options précises… C'est peut-être pour ça que l'ouvrage a aussi été traduit sous le nom L'Alternative.


XXXXIII.
D'ailleurs, en parlant de connecteurs logiques… N'est-ce pas bizarre et regrettable que la plupart des langues ne distinguent pas l'« ou » exclusif de l'« ou » inclusif* ? Ni ne proposent de manière simple de dire « si et seulement si » (qui peut s'écrire « ssi » mais se prononce toujours avec cinq syllabes) par exemple. Ce sont pourtant des concepts si simples et si utiles ! Les humains manquent de logique, sans doute…

* Quelques-unes le font d'après ce fil de discussion.


XXXXIV.
Il existe un mot savant qui désigne les difficultés à se réveiller le matin : la dysanie. Ça n'aide pas du tout de savoir comment ça s'appelle.


XXXXV.
Également dans la famille « tout le monde sait que ça existe mais peu de gens connaissent le mot » : la cryptomnésie. C'est quand notre cerveau nous ressort un souvenir du fond de ses tiroirs sans nous dire qu'il s'agit d'un souvenir… et que du coup, on prend cette idée pour quelque chose de neuf que l'on aurait inventé soi-même. Particulièrement pénible quand on s'en rend compte trop tard.


XXXXVI.
Le mot « grège » désigne un gris-beige… qui est en fait la couleur de la soie à l'état brut, et l'étymologie n'a rien à voir avec un croisement de « gris » et de « beige ». Ça vient de l'italien greggio, soit « à l'état naturel ».


XXXXVII.
Avez-vous déjà vu, dans des médias anglophones (ou seulement américains ? The Simpsons, par exemple) des personnages devenir tout fous et hyperactifs après avoir mangé du sucre ? Ça s'appelle “sugar high” et… non seulement on n'a pas de terme pour ça en français (ce n'est pas la même chose que l'hyperglycémie), mais l'existence de ce phénomène n'est absolument pas avérée. Nulle part.


XXXXVIII.
Inversement, j'ai appris grâce à la très bonne émission Karambolage sur Arte que les Français connaissent le « sot l'y laisse » mais que cette pièce de viande est inconnue en Allemagne… peut-être parce qu'il n'y a pas de nom pour ? [Edit: marvelmaker vient de me signaler qu'ils se sont trompés, ça existe et ça s'appelle Pfaffenschnittchen“ — soit le morceau des prêtres, qui se réservaient le meilleur ! J'aime toujours Karambolage mais j'aurais dû vérifier, mes excuses.]


XXXXIX.
Quelque chose de très gênant dans la langue française, c'est le masculin assimilé au neutre. Pas seulement pour des raisons d'égalité, mais aussi de clarté : « le premier mathématicien à avoir gravi le Mont Blanc » désigne-t-il la première personne qui étudie les mathématiques et a gravi le Mont Blanc, ou le premier individu masculin* à l'avoir fait ? Quant à « la première mathématicienne à avoir gravi le Mont Blanc », ça désigne forcément la première femme, mais cela ne nous dit pas si un mathématicien a gravi le Mont-Blanc avant elle.

* Le mot « homme » serait ambigu ici, évidemment.

XXXXX.
L’autre jour, à la librairie, j'ai vu une table avec plein de livres sur le « hoʻoponopono ». (Je n'ai pas noté le mot mais je l'ai retrouvé tout de suite en tapant « ho » puis plein de consonnes au pif avec plein de « o ». Si vous voulez savoir, Wikipédia dit qu'il s'agit d'« une tradition sociale et spirituelle de repentir et de réconciliation des anciens Hawaïens ».)

mardi 25 avril 2017

♪ 56 : Couleurs Païennes Argentées en Suspens dans les Heures de l'Histoire

Revisionist History de Fossil Aerosol Mining Project : deux heures d'ambient couleurs d'ocre, de bandes magnétiques usées à lire sur une machine poussiéreuse, d'objets anciens dont on a oublié à quoi ils pouvaient bien servir, de notes mystérieuses qui ont perdu leur sens… Ça peut être doux et agréable ou bien inquiétant, selon les moments et l'humeur. Leurs albums précédents ressemblaient beaucoup à :zoviet*france: (avec qui ils ont d'ailleurs sorti un très bon album collaboratif), ici leur son se distingue un peu plus ; plus ambient, même s'il y a toujours une certaine rugosité dans le son et des samples étranges.

C'est un disque hybride, mi-album mi-compilation, où d'anciens morceaux du groupe sont retravaillés avec de nouveaux sons — avec jusqu'à trente ans d'écart entre les deux… sans qu'on puisse réellement entendre cet écart, vu que ce genre de musique ne vieillit pas vraiment. L'objet suit le concept : chaque CD comporte une feuille de livre peinte en blanc cassé (juste assez opaque pour ne plus être entièrement lisible), un fragment de bande magnétique de dictaphone, la première heure de musique sur CD et un code pour télécharger la seconde.




Un mélange d'electro-sha‘abi et de jazz, ça vous dit ? L'electro-sha‘abi, c'est le genre d'EEK / Islam Chipsy*, soit un courant récent de musique populaire égyptienne avec des percussions et des synthés hypnotisants. Si ça vous tente, je vous conseille d'écouter Praed, un duo libano-suisse avec clarinette, basse, synthé et autres sons électroniques. L'album que j'ai s'intitule Fabrication of Silver Dreams ; c'est psychédélique comme il faut et sacrément cool. Maxime Canelli en avait déjà partagé un morceau ! (Il y a des extraits en écoute ici.)

* J'arrive toujours pas à prendre ce nom au sérieux : Islam Chipsy. Pourquoi pas Vatican Tortilla ou Torah Cahouète ?




… Alors évidemment, avec un titre pareil, ça me donne envie de réécouter cette chanson de Noir Désir. Je vous laisse le faire si vous voulez avant de commencer.

Voilà, c'est bon ? Donc, Tant que les Heures Passent de Bérangère Maximin est un disque électro-acoustique, de la poésie sonore expérimentale où chaque composition ressemble un peu à une installation. Un peu d'absurde, pas mal de curiosité, des sons piqués un peu partout et qui forment un tout toujours un peu instable, que l'artiste prend plaisir à heurter (j'ai l'impression que toute l'œuvre est basée sur l'idée de dérangement, de disruption). Sur “Ce Corps VII”, il y a un long texte-poème très bien récité en plus, c'est du théâtre pour l'oreille.



Scilens de Haptic est un album qui fait beaucoup sans en avoir l'air. Trois musiciens, cinquante-quatre (!) instruments et sources sonores*, une musique qui n'est pas tout à fait atonale ni arythmique mais qui semble l'être — ou bien qui l'est et ne semble pas l'être. Musique concrète**, phonographies, drones, bref beaucoup de sons « non musicaux » utilisés de manière très musicale, avec des crescendos parfois intenses, de la tension, des contrastes, des mélodies éparses qui pourraient passer inaperçues. Au niveau des émotions, on est entre l'anxiété et la contemplation, ça pourrait évoquer une personne qui s'abîme les yeux sur des thèses et manuscrits obscurs et passe ses nuits à taper son texte sur une machine bruyante sans voir l'heure passer. À écouter plutôt la nuit, mais surtout au calme et dans la solitude.

* En la lisant, j'ai cru qu'ils avaient enregistré des serpents mais non, “crotales” est aussi le nom d'un instrument.

** Je balance « musique concrète » comme ça, mais c'est dans le sens très approximatif et probablement incorrect que l'on voit utilisé de temps en temps.




Abeyance de Haptic est beaucoup plus facile à décrire. C'est un petit disque à écouter la nuit… un petit disque qui semble tout vide. On y entend des bruits lointains, des résonances, un peu de bruit de fond et un piano lointain. Absolument rien au premier plan. Difficile de déterminer au début si les phonographies ont été modifiées, s'il s'agit de plusieurs assemblées ou d'une seule, on pourrait même se demander si le piano est joué par un membre du groupe ou fait partie de l'environnement. Ça pourrait être un assemblage subtil comme une personne qui aurait placé un micro dans une pièce vide, ouvert les portes et les fenêtres et serait partie en laissant ça tourner. Pourtant, plus je réécoute ce disque et plus il me paraît « musical ».







Born Again Pagans de Coil* est un de mes disques mineurs préférés de mon groupe préféré. La première piste est la plus dansante qu'ils aient jamais réalisée, un produit des quelques années où Coil et Psychic TV, après avoir quitté la musique industrielle, se sont mis à explorer l'acid house. (À écouter dans cette veine en long format : Love's Secret Domain* et Towards Thee Infinite Beat*.) Les trois pistes suivantes sont nettement plus proches du son habituel de Coil, avec de l'ambient païenne étrange, psychédélique, mystérieuse, envoûtante. Étonnant de combiner les deux comme ça peut-être, mais ça fonctionne.

(L'EP se présente comme une collaboration, mais les pistes attribuées à “ELpH” sont simplement celles qui ont été produites de manière imprévue, non préméditée, comme si c'était leurs instruments eux-mêmes qui avaient décidé de les jouer.)

* Notez qu'il faut retagger un peu tout ça.




“Dancing Girl” de Terry Callier est une chanson fabuleuse. Le genre de finale magistrale qui nous fait passer par la joie, la nostalgie, la tendresse, une piste avec plein de mouvements mais qui ne perd jamais son émotion dans sa complexité — c'est une chanson qui en vaut bien cent. Enfin, je dis « finale » parce que c'est le genre de piste que j'ai l'habitude d'entendre à la fin d'un album, mais ici c'est la première piste… Impossible de l'égaler ensuite, mais l'album entier (What Color Is Love) est superbe malgré tout. Callier marie parfaitement la plus grande douceur à des rythmes vraiment entraînants (“You Goin' Miss Your Candyman”, je n'aurais pas dit non à une deuxième comme celle-là). Quant au vrai final, “You Don't Care”, il est désarmant de simplicité et peut s'écouter tout aussi bien avec un sourire qu'avec un soupir. Ou les deux.

samedi 1 avril 2017

♪ 55.5 : Les Bonobos Fossoyeurs Inventorient les Chaînes Optiques

Marie-Pomme Lautruche mène un projet artistique qui consiste à : (1) chercher des choses (de préférence peu courantes, ou au contraire tellement banales que tout le monde les ignore), (2) vérifier s'il existe des chansons qui en parlent, (3a) s'il en existe plus d'une, abandonner le sujet ; (3b) s'il en existe exactement une, la recenser ; (3c) s'il n'en existe aucune, en écrire une, la chanter et l'enregistrer. Si le sujet en question est un objet facilement accessible et susceptible de produire des sons, utiliser ces sons. Le projet se construit à mesure, et se déconstruit parfois : Lautruche efface sa propre chanson dès qu'une autre traitant du même sujet est trouvée (qu'elle ait été enregistrée par la suite ou qu'elle ait échappé à sa recherche initiale). Le projet prendra officiellement fin dès que toutes les chansons auront été effacées, ou quand l'artiste s'en sera lassée. (Marie-Pomme Lautruche ne sait ni chanter, ni jouer d'un quelconque instrument, donc l'enregistrement n'a à vrai dire pas encore commencé.)

Exemple de chanson recensée : https://www.youtube.com/watch?v=3kocnM1UEww




Markov Putrefaction de est un EP de black metal stochastique ! Dix pistes composées par Jyrki Aittomäki, professeur de mathématiques (le système d'éducation finlandais est excellent) et métalleux à ses heures perdues (les Finlandais sont efficaces grâce à leur excellent système d'éducation et du coup peuvent se payer du temps libre et des instruments). Bon, j'avoue que je n'entends pas la différence avec du black metal classique, le disque ayant été enregistré au fin fond de la forêt de Väätiilätittotääräkytkäälilälääkti avec un pot de yaourt plein relié par une corde à un balai de chiottes, le chant étant assuré par une hyène atteinte d'un cancer du poumon et les percus par une casserole soviétique, le tout enregistré sur une VHS hantée de 1923. Mais il paraît que c'est bien ! Faudra demander à quelqu'un qui s'y connaît en musique stochastique et en black metal.

Extrait : https://www.youtube.com/watch?v=XAg5KjnAhuU




^rsbv dffb:lù=: est l'un des premiers disques intégralement réalisé par des bonobos. En collaboration avec le zoo de Bielefeld en Allemagne, deux artistes (qui ont tenu à garder l'anonymat) ont simplement laissé un violoncelle, un synthétiseur, un xylophone et un ordinateur portable avec les applications adéquates à disposition des primates et les ont laissés faire. Au début en totale autonomie, puis en leur apprenant comment faire par imitation parce que ça faisait des mois que l'expérience avait commencé et ne donnait rien (à part des instruments cassés et souillés par les activités quotidiennes des singes). Au final, les bonobos ont réussi à sortir 37 pistes, dont 32 de moins d'une seconde enregistrées au même moment, toutes très peu musicales. On sauvera dix secondes qui ressemblent à un rythme basique, et surtout la longue piste où les primates ont lancé le micro de l'ordinateur sans le savoir et où on les entend crier dedans et copuler en arrière-plan. C'est ça aussi, la musique expérimentale.

Les deux artistes à l'origine du projet ont également essayé de faire pareil avec des poissons, mais ça a nettement moins marché.

Extrait : https://www.youtube.com/watch?v=hDX2ZXtjJY0




Optic 2000 Édition Spéciale de Johnny Halliday est certes un bootleg, mais quel bootleg ! En plus du jingle original (que tout le monde connaît), le CD-R contient 87 reprises et remixes par 64 genres dans des genres aussi divers que le mambo, le mammoche, le glitchcore a capella, le death metal islamo-chrétien, le post-romantisme baroque cyber-impressionniste, la samba sérialiste surréaliste et l'enregistrement post-moderne du jingle à l'aide de lunettes selon un procédé complexe qui ne fonctionne pas. De la balle quoi. Conceptuellement du moins, je n'ai pas écouté le disque. À noter : une reprise de vingt-deux minutes par Godspeed You Black Mt Zion avec de grands crescendos tristes.

Extrait : https://www.youtube.com/watch?v=6ZdF9Ey5o1c




Le punk est peut-être mort, mais parfois les morts sont rigolos ! Le Parti Communiste et les Barnabites Fossoyeurs s'Adressent à Vous, c'est tout simplement une improvisation sur un vrai disque de Georges Marchais acheté aux puces. C'est assez brouillon (et enregistré sur le micro intégré d'un portable Compaq des années 90), mais à un moment y'a une ligne de basse et un rythme qui ne sont pas trop mal ! Georges Marchais n'a aucun sens du rythme par contre, il aurait pu faire un effort quand même.

À part ça, les Barnabites Fossoyeurs n'ont enregistré qu'un single nul (dont le titre est inconnu, l'écriture sur la pochette étant illisible), puis se sont disputés et séparés quatre jours après leur formation. Un vrai groupe punk. Un vrai groupe mort.

Extrait : https://www.youtube.com/watch?v=eY52Zsg-KVI

vendredi 24 mars 2017

+1


Parfois, sur les réseaux sociaux, je retrouve des personnes que j'aime bien mais à qui je n'ai rien à dire. En partie par timidité, parfois parce qu'on a peu de points et d'intérêts communs… parfois aussi parce qu'avec toutes les informations disponibles sur internet et tous les commentaires, il arrive très souvent qu'il n'y ait plus rien de pertinent à ajouter à une conversation. Et commenter pour commenter sans avoir rien à dire, franchement, ça me paraît plus une gêne qu'autre chose.

Je reste en contact avec elles uniquement sur les réseaux sociaux, mes interactions avec elles se résument à des pouces bleus ou verts, des cœurs, des +1, etc. Est-ce que c'est artificiel ? Intrusif ? Je n'ai pas vraiment l'impression, mais j'imagine que ça dépend de la personne. En tout cas, sans les réseaux sociaux, on se perdrait de vue tout simplement. On peut trouver que les pouces bleus sont superficiels et appauvrissent les relations, mais franchement, je les aime bien.

lundi 20 mars 2017

♪ 55 : Princesses Hallucinatoires Joyeusement Accordées

Dans la province de Limpopo, en Afrique du Sud, vit le peuple Shangaan (ou Tsonga). C'est là qu'est né Nozinja, un entrepreneur dans le domaine de la réparation de téléphones portables ; la quarantaine passée, notre bonhomme a eu envie de rendre populaire les danses de sa région natale. Du coup il rajoute des synthés MIDI et des tempi super rapides aux chants et aux marimbas traditionnels, le résultat s'appelle Shangaan electro et c'est une sacrée bonne idée !

Nozinja Lodge, son premier album chez Warp, est aussi estival et coloré que ses habits, avec une palette de sons acidulée que j'aime beaucoup et qui ne ressemble à rien d'autre dans ma musicothèque. Ça met tout de suite de bonne humeur, et les rythmes extrêmes ont quelque chose de presque étrange. “Xihukwani” a une mélodie qui tue, et euh, la plupart des autres pistes aussi !
J'ai appris par la suite que le Shangaan electro s'est fait connaître avant tout par des compiles du label Honest Jon's, pas encore écoutées mais ça ne saurait tarder. Et on peut évidemment trouver des vidéos de danse Shangaan sur Youtube. Vous pouvez lire un article sur le genre ici par exemple.




Autre genre récemment inventé en Afrique du Sud : le gqom (à prononcer avec un clic alvéolaire ou comme le bruit d'un cheval au galop). C'est toujours de la musique pour danser, mais carrément plus brute et minimaliste ; vraiment un genre de rue, qu'a priori personne en dehors du pays — voire même en dehors de la ville de Durban — ne connaissait au début, avec des titres produits et sortis en mode cheap sur FruityLoops par des jeunes artistes des townships qui signaient parfois de leur numéro de téléphone. Jusqu'à ce que le label Gqom Oh! diffuse ça à l'étranger… et que ça prenne bien !

Parce que c'est un sacré son, squelettique dans la forme mais avec des rythmes et une atmosphère hypnotiques. Il s'en faudrait de peu que ça ne sonne froid ou sombre, et pourtant, sur la compile d'une heure et demie du label (Gqom Oh! The Sound of Durban Vol. 1), c'est vraiment une énergie brûlante qui domine, avec des samples de voix si courts qu'ils deviennent quasi-abstraits, des beats, des drones et quasiment rien d'autre. C'est une musique qui a sa propre personnalité mais dont l'attrait est pourtant immédiat.

Il y a encore très peu de disques disponibles dans le genre, mais Gqom Oh! The Sound of Durban Vol. 1 offre de quoi faire avec ses seize pistes pour plus d'une heure et demie. Sinon, si l'on cherche “gqom” sur Bandcamp aujourd'hui, on trouve des artistes qui viennent de Chine et du Japon. Vous pouvez lire un article sur le genre ici (écrit par Jumping Back Slash, un DJ sud-africain).




Je ne sais pas trop ce qu'ont essayé de faire Bran Van 3000 sur Glee, mais le résultat est un joyeux bordel populaire. C'est comme si un seul groupe (avec trop de membres) avait tenté de reprendre en une heure tous les genres présents dans le top 50 de l'époque. Les singles sont très directs et très pop, mais quand on en sort, c'est un patchwork façon flipper où on passe du hip hop sur des riffs de guitares électriques sombres à un rythme breakbeat qui déboule sans prévenir, y'a un rastman qui arrive, un autre rappeur s'incruste en duo, y'a des guitares pop, rastaman n'est plus là, tiens y'a des paroles en français maintenant… vous voyez le topo. Ouais, Beck avait fait quelque chose d'un peu similaire sur Odelay un an plus tôt, et Mr Bungle encore plus, mais ces artistes-là avaient donné à leurs assemblages un son personnel et original ! Ici non, c'est à peine si le groupe est reconnaissable de piste en piste, ça ressemble toujours à du top 50 et c'est parfois difficile à prendre au sérieux… ce qui n'est pas inintéressant pour autant, remarquez.

Et si ces copies n'ont aucun style personnel, elles ne sont pas sans âme. Paraît que “Drinking in L.A.” était un des tubes incontournables de l'époque au Canada et je comprends pourquoi, ce mélange d'hédonisme et de nostalgie sonne juste ; ça reste fun, coloré et superficiel, mais on peut y entendre la conscience qui nous tiraille toujours par derrière — encore plus sur “Exactly Like Me!”, qui ressemble tellement à une feel good song et pourtant.

À côté de ça, la reprise de “Cum on Feel the Noize” est vraiment n'importe quoi (ce qui chez moi est souvent un compliment), “Old School” l'est encore plus, bref, ce ne sont pas du tout les mêmes raisons qui font qu'on aime une chanson ou qu'on aime l'album. En tout cas j'aime bien. Et je donne un bonus pour la reprise non créditée de la mélodie de “Perfect” de The The façon jazz / lounge / bouteilles qui s'entrechoquent.




Nana Wodori de knowsur, c'est une boule de glace sucrée et acidulée à un fruit exotique inconnu. Soit 17 minutes de bitpop japonaise microtonale ! Aussi mignon que bizarre et décalé. C'est principalement instrumental, mais il y a une piste de chant au Vocaloid aussi. Disponible gratos sur le label Split Notes, où l'artiste explique brièvement comment il a composé chaque piste.








Stay Tuned de Rutger Zuydervelt (Machinefabriek) est un très bon argument contre les rythmes et les mélodies. C'est une composition ultra-minimaliste dans l'idée, mais qui implique pas moins de 152 musiciens ! Violon, violoncelle, guitare électrique, tuba, basse, voix… et qui jouent tous la même note en continu. Zuydervelt a édité les jeux de telle manière à ce que l'on n'entende que quelques instruments en même temps à chaque fois, toujours clairement ; on passe des uns aux autres quasi-imperceptiblement. Le résultat n'est pas tant un ensemble que des jeux individuels qui se rencontrent et s'éloignent. Il n'y a que les variations de timbre et les multiples imperfections humaines qui font que la musique progresse, mais ça suffit à donner une musique riche et belle.

À l'origine, c'était une installation, avec plusieurs haut-parleurs qui diffusaient chacun une boucle, au sein de laquelle on pouvait se déplacer pour changer la musique — l'album ici présente un chemin possible dans l'installation. Ah, et l'inspiration pour la composition, c'est le moment où un orchestre s'accorde ! Comme une préparation, un prologue qui n'en finirait jamais.




Depuis que FKA twigs m'a fait aimer le R & B, je continue d'en écouter un peu ailleurs. L'EP Hallucinogen de Kelela est sympa : un son plus lent, plus grave, avec pas mal d'UK bass, une très belle dernière piste en particulier (“The High”, qui joue joliment avec les contrastes)…









… Mais je lui préfère Princess d'ABRA, qui part dans une autre direction : tout le disque est bon, mais quand elle utilise des beats de dance music avec des synthés rétro (cowbells de 808 ♥) sur “Vegas” et “Crybaby”, avec un style séduisant et un peu candide (pas de froufrous sur la production), c'est carrément parfait.









Et puis Rhythm Nation 1814 de Janet Jackson est un excellent disque. Mais vraiment. Son frère Michael savait certes sortir des singles du tonnerre, mais ce n'était clairement pas un artiste à albums — Janet, là, elle assure carrément sur 64 minutes ! Les titres pour danser qui s'enchaînent sans perdre d'élan, les interludes (concept oblige) qui ne dépassent jamais la poignée de secondes et ne gênent en rien le flux de l'album, l'accalmie seulement à la fin du disque… Rien à redire.