vendredi 29 juillet 2016

Mots (4)



(Cliquez ici pour lire les posts précédents de la série.)


XXVI.

Page 82, il y avait un mot que je connaissais pas et que j’ai essayé de retenir pour le chercher dans le dictionnaire plus tard. Manque de pot, ma mémoire me dit maintenant que ce mot est « prolopoménie ». Ce qui n’existe pas, ou du moins pas en dehors de ma mémoire défectueuse. Maintenant j’ai un faux mot qui ne me sert à rien, et un vrai mot que j’ai oublié et dont je ne connais toujours pas le sens. C’est malin.

(… Même s’il s’agissait sans doute d’un mot prétentieux et peu utile.)


XXVII.
Le mot suédois “tätatät” vient du français. Prononcez-le (le ä se prononce /ɛ/, comme un « è » en français) : oui, c’est bien ça que ça veut dire ! Ce mot est merveilleux.


XXVIII.
Le saviez-vous ? S’étirer quand on baille, ça s’appelle « pandiculer ». C’est un mot assez peu utile, à part éventuellement pour insulter quelqu’un en rimes vulgaires.


XXIX.
Je crois bien que les mots « hurluberlu » et « roploplo » sont les plus sympathiques que je connais en français. Ce dernier ne figure pas dans tous les dictionnaires, mais il existe quand même. Si, je l’ai entendu ! Enfin, si vous ne me croyez pas, remplacez-le par « raplapla ». Mais c’est moins rigolo que « roploplo ».


XXX.
Le fait que le mot « littérature » s’écrit avec un seul T en anglais (“literature”) ne me dérange pas du tout. Je m’en souviens bien et je ne crois pas avoir déjà confondu les deux orthographes. Par contre, le fait que « bandana » s’y écrive avec deux N (“bandanna”) me dérange, ce N me fait toujours l’effet d’une faute de frappe. C’est sans doute dû au fait que la langue évolue naturellement vers le plus court, le plus simple ?

… Sauf qu’il m’arrive aussi très souvent de me tromper et d’écrire « language » en français au lieu de « langage », par analogie avec l’anglais. Peut-être parce que je rencontre le mot anglais plus souvent que le français, peut-être aussi parce qu’un G dur suivi d’un U paraît naturel en français.

Au fait, évitez d’écrire “litterature” en anglais, ça forme un jeu de mots involontaire avec “litter” (les déchets).


XXXI.
Je ne sais plus dans quel livre j’ai retrouvé « bec de gaz » récemment et ça m’a fait un drôle d’effet. C’est une locution nominale que je connaissais depuis mon enfance mais… je l’avais complètement oubliée. Et ça m’a fait bizarre de perdre un mot qui me paraissait aussi courant. Je ne sais plus du tout où je l’avais entendu la première fois (dans une vieille BD, genre Tintin, peut-être ?). Combien d’autres mots ai-je oubliés depuis ?


XXXII.
« Pharmakon » (φάρμακον) est un mot grec étonnant : il signifie à la fois « remède » et « poison ». Soit un contronyme (mot signifiant à la fois une chose et son contraire), ce que je n’aime pas d’habitude… À ceci près que ce sont souvent effectivement les mêmes substances qui soignent et qui font du mal, selon la dose. Est-ce bien un contronyme, du coup ?

« Pharmakon » signifie aussi « bouc émissaire », mais là, je ne vois plus du tout le rapport.


XXXIII.
Le mot « acrasie » est assez peu usité, pourtant il dénote quelque chose de très courant : le fait d’agir à l’encontre de son propre jugement (manger un gâteau alors qu’on fait un régime, procrastiner alors qu’on sait qu’on manquera de temps…). Il est vrai qu’on parle souvent de faiblesse à la place. Mais « faiblesse », c’est un peu vague et un peu… faible, non ?


XXXIV.
Le mot « mirabilis » a quelque chose de captivant — un peu comme ce dessin-illusion où l’on peut aussi bien voir une vieille femme qu’une jeune femme, il me fait autant penser à « admirable » qu’à « misérable » (ou plutôt « misérabilisme »). En latin, c’est bien « admirable » qu’il signifie, et c’est le nom d’une fleur…


XXXV.
« Faire long feu » et « ne pas faire long feu » signifient la même chose. Ou pas. À voir ce qu’en disent les correcteurs du Monde, il vaut sans doute mieux éviter cette expression, elle est parfaitement ambigue.


XXXVI.
Le fait que le mot « alsatique » existe m’agacerait presque. Ça désigne les livres qui parlent de l’Alsace, et il y a dans beaucoup de librairies alsaciennes un rayon « alsatiques » (parfois très étendu)… Mais y a-t-il des mots correspondants pour les autres régions ? Ou cette région est-elle plus attachée à elle-même que les autres ?

(La raison pour laquelle ça m’agace est tout à fait irrationnelle et injustifiée — c’est parce que ça m’agace de trouver tant d’alsatiques qui ne m’intéressent pas et si peu de choix en romans qui m'intéresseraient dans certaines librairies et bibliothèques…)


XXXVII.
En anglais, on peut dire “touché!” quand quelqu’un marque un point dans un argument. Ça vient de l’escrime, il paraît. Je n’ai jamais entendu qui que ce soit le dire en français mais je le fais parfois quand même, ça me paraît plus vivant que de dire « tu marques un point »… Est-ce un anglicisme, du coup ?

jeudi 28 juillet 2016

♪ 47 : Les Cinq Faunes Réunissent leurs Derniers Désirs Acides

Gather & Release de Sarah Hennies est un album qui utilise vibraphone, phonographies, ondes sinusoïdales et « stimulation bilatérale » (soit des tons qui alternent entre un canal et l’autre, ce qui d’après les notes est utilisé pour soulager les traumatismes et l’anxiété chez certains patients).

C’est une musique expérimentale qui utilise beaucoup de drones et d’atonalité, mais qui est surtout introspective. Du bruit gris, venteux, avec un son timide (le vibraphone) qui parfois disparaît, réapparaît, chante doucement. Une tension grandissante finit par se faire sentir, puis par gronder pour s’arrêter brutalement et faire place à une plage de bruit brut. Vient une deuxième piste beaucoup plus apaisée au début… à ce moment-là, on pourrait penser avoir compris où voulait en venir l’artiste. On se détrompe quand tout prend une direction inattendue, nettement plus complexe, parfois brutale.

Gather & Release raconte une histoire sans paroles. Je ne prétends pas la comprendre, mais elle me touche tout de même. J’aime beaucoup ce disque.




Quelque part entre, disons, Grouper et Bardo Pond, il y a Valet. Naked Acid se situe certes dans cette zone floue entre l’ambient, le rock psychédélique et le folk expérimental, mais la musique même n’est pas vague — elle a des attraits qui m’y font revenir depuis des mois. Ce sont les couleurs, déjà. Des atmosphères réellement évocatrices, des dissonances inattendues. Et puis j’aime les tambours et les drones sur “Drum Movie”, la mélodie à la guitare sur “Kehaar” qui me paraît familière sans que je sache où je l’aurais déjà entendue, les beats électroniques complètement inattendus sur “Streets” (enfin du coup vous allez les attendre maintenant)… Et il y a de l’intensité dans ce disque, ce qui manque souvent dans les albums de la même famille. Donc oui, j’aime.




Sur Fauna, Jneiro Jarel (un producteur de hip hop qui a plein d’alias) prend des éléments de musiques tropicales et latines et les fragmente, les déplace, les électrise, les psychédélise, en fait des ingrédients d’un cocktail coloré, foisonnant et très agité. Certains regrettent que l’« esprit brésilien » y soit dénaturé ; c’est justement ce qui rend le disque intéressant à mes oreilles ! Je me demande si Jarel a pris de l’inspiration chez Flying Lotus et Amon Tobin…

En tout cas, au niveau style et concept, l’album se démarque bien. Par contre, il est inégal — vers le milieu, l’artiste joue de juxtapositions osées mais pas très maîtrisées, qui tombent parfois dans un fouillis fatigant. C’est au début et à la fin, quand les mélodies et les rythmes savent où ils vont, que l’album tient vraiment ses promesses. Je trouve que l’originalité compense ces faux pas, après c’est à vous de voir. Jetez-y une oreille dans tous les cas si ça vous intéresse ; Fauna ne dure que trente-six minutes, assez denses.



Vous saviez que Basic Channel, les Allemands qui font de la dub techno, avaient un projet deep house ? Cinq singles, sortis sous les alias Round One, Round Two etc. dans les années 90.

Honnêtement, je ne m’attendais pas à ce que des artistes connus pour un genre plutôt gris sortent quelque chose d’aussi dansant. Alors “I’m Your Brother”, ça fait un choc. C’est un tube, avec un groove impeccable, un chant soul, et cette note qu’on peut entendre comme un bonheur parfait ou teinté de tristesse selon son humeur.

Mais ce n’est que le premier round, et les suivants se mettent à ressembler de plus en plus à de la dub techno, plus vaporeux, plus lents… Andy Caine, qui assure le chant sur “I’m Your Brother” et “New Day” (très bonne aussi), laisse la place à un Paul St Hilaire qui a un accent jamaïcain (n’allez pas plus loin vers la Jamaïque s’il vous plaît, sinon je sors). Quant aux mixes, à part l’étrange “Chicago Twisted Mix”, il s’agit pour la plupart d’instrumentaux qui ressemblent à s’y méprendre à du Basic Channel. Ce qui est étonnant, du coup, c’est que ce projet ne me déçoive pas. Sans doute parce que Basic Channel est une référence dans leur genre habituel, et que même s’il se raréfie, il reste toujours un peu de groove là-dedans.




Je reviens sur un classique, du moins classique à mes oreilles : Is This Desire? de PJ Harvey. Sacrée artiste. Un album très incisif et très introspectif, du rock relevé de sons électroniques voire trip hop qui ne détonnent que quand elle le fait exprès (le bruitisme de “My Beautiful Leah” ou “Joy”, pistes qui font assez mal, ou la pénombre d’“Electric Light”, piste qui pourrait presque passer inaperçue à côté mais qui hante), des chansons comme une collection de nouvelles, avec un personnage féminin différent à chaque fois. (Je n’ai appris qu’aujourd’hui que “Joy” était inspirée par une histoire de Flannery O’Connor, il faudra que je lise cette autrice un jour.)

Honnêtement, il y a peu d’artistes qui savent faire une musique aussi intense émotionnellement sans me rebuter. Et encore… c’est peut-être cette intensité qui fait aussi que je n’écoute pas PJ Harvey si souvent que ça, malgré le fait que je la citerais parmi mes artistes rock préférés. Je n’ai toujours pas écouté Dry ni White Chalk par exemple.

Le défaut principal d’Is This Desire?, je dirais que c’est son livret particulièrement pénible ; il me faut toujours bien une dizaine d’essais avant de le replier correctement. La prochaine fois je prendrai des notes en le dépliant, ou j’arrêterai de le déplier pour regarder les scans sur Discogs.




Le deuxième album d’Andrés peut s’écouter comme un pendant house du fameux Donuts de J Dilla. Mi-house, mi-hip hop instrumental, avec des accents soul prononcés. Super cool. (Si j’aimais l’été à part les fruits, j’aurais peut-être dit « estival ».) Trente pistes, soixante-dix minutes, soit un rythme assez soutenu mais moins intense que sur Donuts, où on pouvait avoir l’impression que l’artiste allait aussi vite qu’il le pouvait pour échapper à sa maladie… L’album a des allures de mix : plutôt qu’une sélection de singles remarquables, chaque piste apporte une nouvelle touche, une nouvelle étape d’un long voyage dont on ne peut tout retenir en une seule écoute. (J’aurais préféré me passer de la speakerine radio qui fait des bisous au micro par contre, heureusement qu’elle n’est pas là souvent.) C’est sorti chez Mahogani Music, le label de Moodymann — pas forcément une bonne chose, vu leurs tirages toujours épuisés et les prix abusés des versions digitales ! Et c’est la version CD dont je parle, le vinyle est raccourci de moitié. Donc ouais, le piratage c’est cool.




Now Wait for Last Year de Caroline K : soupirs post-industriels, grain et pénombre, synthétiseurs atmosphériques, introspection, amertume, mélancolie et beauté. Le titre vient d’un roman de Philip K. Dick. Le disque date de 1987 et fut le seul album solo de l’artiste, mais elle fut aussi membre fondatrice de Nocturnal Emissions* à leurs débuts.

Face A, “The Happening World”, une piste ambient de 21 minutes qui effleure plusieurs sentiments sans les dévoiler tout à fait. La face B présente une palette émotionnelle similaire avec des synthés et boîtes à rythmes, des sons parfois crus et assez datés mais toujours une très belle sensibilité. C’est une musique sombre très émotive, avec un voile d’austérité parfaitement translucide.

L’album original, que j’aime beaucoup, me laisse un sentiment d’incomplétude ; avec les trois premières pistes bonus de la réédition CD, c’est parfait. (La quatrième semble ne rien avoir à faire là par contre.)

* J’avais parlé d’un album de Nocturnal Emissions ici mais il est plus tardif. J’écouterai Fruiting Body ensuite, Caroline K joue dessus.

mardi 26 juillet 2016


Une version alternative d'un dessin que je viens de poster sur mon site (la version du site est en couleur, page 111 (accessible depuis la page 1)).

samedi 16 juillet 2016

Lako itʋule ta tukoe sokiata jusakuako ka no jurěa nako a ata ke lako itʋule ta luthulu ta slaskoʋltou.

Onome lipuko et nusalave, kaɸikia et plakʋiia, paroʋlto et sokos, maturu ta jurata et sonokanoʋlto, a hul mot aluprnusaaʋros et aluprimas, a alupokitoʋko soʋltotʋate, oʋltot maa ulu guokore intokoronopu, tatototo uvokote, tatototo ɹskonoulae, ulu guokore kui kiniskoput tujurěa toto karia ulu ɸatʋuormatoʋko ravolutuoʋkoʋltopure ta la sokiata tuko aɹkěre, toto karia la dnuɸutʋoʋko dnu tok slaskoʋltou a lutu.

Tes linu praikěrnu apokhulu itʋulikhulu, nusa soʋltotʋatoʋltos prnuke kariatuko ulu orgaisatoʋko sonoplkěte ta la sokiata a slaskoʋltou ɹtʋintʋnu, ulu asele grataae ta soʋltoɹtoʋkos sokialinu. Tes la ronoe aɹke, nusa ɸuvoʋltos dnu kaɸikias, dnu sevaliokos, dnu plakʋiias, dnu nusalavnu; o moya arʋaƽ, dnu seinaʋros, dnu vaskook, dnu maɸnu ta sorporatoʋko, dnu sonokanoʋltos, dnu sokotʋu et, ta plusa, tes sasulu ta snu slaskoʋltou, ulu iararěaie kariaɹsulikěre.

La sokiata purƽose motokokoʋltoe, alevae sur linu ruinnu ta la sokiata saotele, nako a kas apoli linu atagoʋltoitumnu ta slaskoʋltou. Ele nako a sput ke suptʋitooko ta nuvelinu slaskoʋltou, ta nuvelinu soʋltoɹtoʋkos teko aluprnukioʋlto, ta nuvelinu sormnu ta lutu ka selinu teko oturusaos. […]