dimanche 10 novembre 2013

♪ 13 : l’absence de loups misanthropes dans les profondeurs de l’église de Don Juan

Un truc que j’aime bien sur last.fm (ce grand déformateur sympathique qui essaie de nous faire croire qu’il reflète nos habitudes musicales), c’est regarder les bibliothèques de mes voisins, des voisins de mes voisins, ou même d’autres gens plus ou moins au hasard sur les shoutboxes, et y chercher des artistes que je ne connais pas. C’est comme ça que j’ai découvert Elodie Lauten il y a quelques jours, sur le compte d'une voisine éloignée transsexuelle qui écoute du noise, du drone, I.S.O., Arvo Pärt et Talk Talk entre autres.

The Death of Don Juan d’Elodie Lauten est un opéra minimaliste en deux actes. Je n’ai jamais aimé l'opéra, mais j’aime la musique minimaliste et ça, ça me plaît. J’aimerais bien décrire plus en détail, mais comme c’est le premier album d’opéra que j’aime…




Bon, pour être honnête, la techno pure et dure, c’est un genre que j’écoute parfois mais qui m’ennuie souvent. Surtout quand elle est minimale. Même certains disques reconnus comme le Biokinetics de Porter Ricks ne suscitent chez moi qu’un vague intérêt poli qui se mue assez vite en ennui… Mais ça fait trois fois que je me repasse Misantropen de Varg depuis hier soir, donc il doit y avoir quelque chose qui me plaît là-dedans.

Qu’est-ce qui distingue ce disque de tant d’autres ? Il a été joué sur des instruments analogiques sans overdubs ni edits à ce qu’il paraît, ce qui donne un côté un peu plus humain et moins “programmé” à la musique, je suppose — en tout cas les sons (du Roland TB-303) ont un certain charme. Neel de Voices from the Lake () s’est occupé du mastering, ce qui ne me dit pas grand-chose vu que je n’arrive toujours pas à retenir ce en quoi consistent exactement le mixage, la production et le mastering (surtout en musique électronique), mais je crois entendre une petite influence — surtout sur la dernière piste, la plus ambient, la plus longue et la plus réussie. Mais je crois qu’après les sons, c’est surtout une question d’atmosphère, avec des beats parfois très lents et en retrait par rapport aux mélodies (on est à la limite de l’ambient techno) ; et comme le disque est plutôt court, il est agréablement concis et ne reste jamais trop longtemps sur place.

C’est sorti sur un nouveau label suédois du nom de Northern Electronics, fondé par Abdulla Rashim. (J’ai aussi un EP d’Abdulla Rashim qui est pas mal, mais je préfère Misantropen.)



Mais pourquoi ai-je mis si longtemps avant d’écouter Absence de dälek ?! (Et pourquoi allai-je m’embêter avec Death Grips et Yeezus avant ça !?)

Depuis le temps, tout le monde le connaît à part moi, mais ce disque est fabuleux ! Une atmosphère noire, étouffante et hallucinogène, des vapeurs de bitume, du bruit et des sons industriels… le MC est nickel, mais ce sont surtout les instrumentaux qui sont carrément impressionnants. Je sens que ça va devenir un de mes albums de hip hop favoris.





Deep Listening de Pauline Oliveros, Stuart Dempster et Panaiotis : quatre pistes pour accordéon, voix, conque, bouts de métal, didgeridoo, tuyau d’arrosage, sifflements et tubes de métal, enregistrées au fond d’une citerne ayant contenu huit million de litres d’eau et offrant un temps de réverbération de 45 secondes.

Ça peut paraître improbable, décrit comme ça ; mais au final, c’est un superbe album. J’aurais beaucoup aimé que ce disque soit un double, ou un triple, ou plus..!

Oliveros et Dempster, cette fois accompagnés de David Gamper, ont enregistré d’autres disques sous le nom de Deep Listening Band — mais ceux que j’ai écoutés (Troglodyte’s Delight, enregistré dans une grotte ruisselante, et Needle Drop Jungle, beaucoup plus déroutant) sont très différents. Je ne les ai pas beaucoup écoutés encore, j’y reviendrai. Beaucoup plus proche de Deep Listening, il y a Underground Overlays from the Cistern Chapel, de Stuart Dempster (enregistré dans la même citerne ? avec un son très similaire et le même temps de réverbération en tout cas).



La trilogie Sanctus / Amen / Omega d’Organum est une belle incitation au recueillement spirituel et au piratage.

Il s’agit de trois disques comportant chacun une composition de drone jouée à l’orgue et ponctuée au piano à queue, au gong et à la cloche. Les trois sont assez similaires : Sanctus est la plus épurée, avec un très beau son (beaucoup plus calme que les autres pistes d’Organum que j’ai entendues) ; Amen y rajoute un chœur masculin qui renforce encore plus le thème de spiritualité ; Omega est plus animée, et ajoute un sitar aux drones que l’on connaît.

Tout ça aurait été très bien si chaque composition (qui dure de dix à vingt minutes) était sortie en single, ou bien les trois sur un même disque… mais David Jackman a décidé de sortir quatre versions quasi-identiques de Sanctus, deux d’Amen et trois d’Omega, et d’appeler ça des albums.

Quand je dis « quasi-identiques », c’est presque un euphémisme. La partition est réellement suivie à la lettre et de la même manière à chaque fois, et seules d’infimes variations peuvent se remarquer en ouvrant chaque fichier avec Audacity. Y a-t-il une raison conceptuelle à cette accumulation de versions quasi-impossibles à discerner les unes des autres ? Quelque chose à voir avec les chiffres 4, 2 et 3, un truc à dire sur la perception humaine, une incitation à faire attention aux moindres petits détails ? Peut-être… mais dans les faits, ça fait cher les quarante-six minutes de drone vendues au prix de trois albums.

Le disque que l’on peut faire soi-même en ne gardant qu’une version de chaque piste est tout à fait recommendable si on aime les drones d’orgue.



Et puis sinon, j’ai beaucoup écouté Foetus. Foetus, c’est le projet rock industriel inventif et déjanté de J.G. Thirlwell, musicien talentueux qui a aussi réalisé des compositions expérimentales pour orchestres (sous le nom Manorexia) et des génériques de dessins animés (The Venture Bros.)… Et même, classer Foetus dans le rock indus est très réducteur. Ses derniers disques n’ont plus grand-chose à voir avec le genre (surtout Hide, quasi-inclassable !) ; sur certains, comme Flow, on peut entendre des influences big band ou swing jazz… Certains entendent même un peu de Tom Waits là-dedans. Thirlwell incarne habituellement les pires psychotiques et psychopathes dans ses chansons, qu’il interprète avec une voix d’aliéné ; on aime ou pas, mais je trouve ces épanchements de folies particulièrement jouissifs. J’écrirai peut-être une critique complète de sa discographie quand j’aurai écouté tous les albums, en attendant je vous recommande très vivement de vous plonger là-dedans.

Commencez par Nail, je crois que c’est le meilleur.