samedi 13 janvier 2018

Rêve n⁰ 41

Je suis aux Galeries Lafayette. Je trouve un mannequin bleu transparent qui a quelque chose d'étrange, alors je l'emporte avec moi et je me balade avec.


Je rencontre F—. On discute un peu.


Il y a une annonce dans le magasin : Dieu vient de se réveiller !


Dieu veut faire en sorte que toutes les représentations de lui et du Père Noël soient bien à son image. Il ajoute des petites moustaches brun clair à tous les mannequins dans le magasin en les pointant du doigt (ça fait « ding ! »). Certaines sont de la mauvaise couleur, genre bleues ou vertes, et semblent faites avec des guirlandes (?).


Un concours est organisé dans le magasin ; le premier prix, c'est d'aller dans un autre monde où Dieu nous laisserait tranquilles. F— et moi décidons de tenter notre chance et prenons l'ascenseur. Elle porte un mannequin vert.


Il n'y a pas de deuxième étage, à moins qu'il s'agisse de l'étage S.
Au troisième, il n'y a que des douches.



On gagne le concours (?) ; pour réclamer notre prix, il faut signer des papiers et changer de noms ou prendre des noms de code.


Son nouveau nom est Valentin S. E[je ne sais plus quoi, un nom qui commence par E].
Le mien est Victoria Q. Kwanzaa.

dimanche 31 décembre 2017


En 2018, sans réfléchir, je résous de :

 · manger au moins un kiwi (le fruit, pas l'oiseau), probablement davantage
 · arrêter de paniquer pour de mauvaises raisons
 · continuer de ne pas paniquer pour de bonnes raisons ?
 · militer pour la reconnaissance de la bêtise humaine, y compris la mienne
 · jouer une note sur un instrument à cordes — ou sur une corde à linge si je n'en trouve pas
 · être une personne moins désagréable
 · perdre moins de temps
 · mais en perdre quand même un peu
 · mais moins
 · continuer à écouter de la techno
 · découvrir au moins trois genres qui ne sont pas de la techno
 · m'améliorer en dessin
 · faire voler un cerf-volant si l'occasion se présente
 · nager quelques longueurs, et aussi quelques largeurs
 · ne pas détruire le monde.

jeudi 21 décembre 2017

♪ 64 : La mère des douze poupées aux langues de feu

Le premier album d'Ariadne, Tsalal, était déjà impressionnant : un contraste intense entre un chant lumineux et solennel inspiré par la musique sacrée, et du dark ambient distant mais monstrueux qui, parfois, déformait tout. Entre les deux éléments, un vide glaçant, six longues pistes qui faisaient ressentir autant de beauté que de noirceur et de solitude.

Sur Stabat Mater, la figure angélique a plongé dans les enfers et nous y entraîne. Douleurs, osmose paradoxale, oppression, jeux de miroirs et illusions — c'est un cauchemar effrayant et magnifique. Les pistes sont courtes, la tension quasiment insoutenable.

Ce grand écart entre musiques anciennes et glitch ultra-contemporain est unique à ma connaissance ; on la retrouve dans les paroles aussi, adaptées d'écrits de Hildegarde de Bingen, Thérèse d'Avila… et d'Aase Berg, une poète surréaliste contemporaine. L'album s'accompagne d'une série de vidéos en vue subjective, de quoi plonger encore plus dans le cauchemar.




Je peux remercier flyingwill du forum RYM pour m'avoir fait découvrir DOLL$BOXX, un groupe de cinq japonaises qui joue du power trance metal. Leur EP High $pec commence de manière fulgurante : un riff synthétique acide, une guitare tonitruante, un cri infernal qui enchaîne direct avec un chant parfaitement clair, autant de claques en trente secondes ! La maîtrise technique des artistes metal se perd parfois dans des esthétiques ostentatoires (voire ridicules) ou qui tournent à vide, mais ici, les chansons sont aussi accrocheuses que de la pop. High $pec ne fait que cinq chansons mais ces chansons sont du tonnerre.




“Comme c'est éclectique.” Note : 1/5. Parfois, il y a des critiques qui me donnent envie d'aller à leur encontre, et en l'occurence j'ai très bien fait.

Bon, je l'aurais probablement écouté de toute façon, ce disque, parce que je suis en train d'éplucher le catalogue de mixes de Fabric et que celui-là est signé Jacques Lu Cont (Stuart Price), le mec qui a signé Darkdancer*. Fabriclive 09 est assez excentrique et carrément addictif, un mix house qui inclut le plus possible de titres pop et rock des années 80 et 90 ; la quantité de hooks là-dedans est incroyable. Et quand il pêche, ce n'est ni par manque d'inspiration ni par baisse de régime, c'est plutôt par audace mal placée avec des idées qui ne fonctionnent pas ; ce qui s'entend d'autant plus mais ajoute presque au charme du bidule. À la fin, la transition de “Snowball” de Devo à la génialement crétine “I Wanna Rock!” de Junior Sanchez (GUITARE ÉLECTRIQUE!!!!!) est parfaite — et l'enchaînement suivant sur “Gouge Away” des Pixies l'est presque autant. Price écorne sa dernière excellente impression en rajoutant “Here Come the Warm Jets” de Brian Eno en post-scriptum, piste qui n'avait vraiment rien à faire là, mais tant pis ; restent de sacrés bons moments et l'envie d'y retourner.

* Du projet Les Rythmes Digitales, un très bon album de French house / electro house.




Anna Wise, je l'ai entendue la première fois comme choriste¹ chez les CunninLynguists, puis chez Kendrick Lamar². Elle sort en solo The Feminine, une série d'EPs de pop féministe avec assez d'influences hip hop pour devenir du R&B. Le premier volume est plus court, léger et immédiat, qui vaut le coup ne serait-ce que pour “Go” (chanson de rupture carrément accrocheuse — et la seule chanson qui ne soit pas ouvertement engagée) ; le second est plus abouti, plus sérieux et grave dans ses sujets aussi (et utilise, dans la piste la plus entraînante, ces synthés funk oscillants des années 80/90 que j'adore). Je ne sais pas s'il y aura un troisième, mais ce ne serait pas de refus.

¹ … Sauf que ça ne colle pas très bien, « choriste » quand il n'y a pas de chœur, si ? Chanteuse d'arrière-plan ? Chanteuse additionnelle ?

² Je n'ai toujours pas écouté son dernier disque d'ailleurs, je ne sais pas pourquoi, ça ne me motive pas. Peut-être parce qu'autant sur good kid, m.A.A.d city que sur To Pimp a Butterfly, il y a des parties assez géniales et d'autres qui me lourdent.




En parlant de rap et de féminisme, je vous recommande aussi The Journey Aflame d'Akua Naru, un album de conscious hip hop avec des beats jazzy et un flow calme qui ne manque pas de rythme pour autant. C'est classique dans le style, d'un très bon niveau, et une présence assez marquante pour donner envie d'y revenir. Parmi les pistes qui se démarquent, il y a la tragique, douce et entraînante “The Block”, “The Journey” (plusieurs chapitres d'histoire en quatre minutes trente), le final étonnamment funky “Rhyme Writer's High”, et celle qui m'a donné envie d'écouter l'album à l'origine : “Poetry: How Does It Feel?”, trop intime et sensuelle pour être encore du rap, c'est du jazz avec du spoken word. J'aurais aimé trouver tout un album comme ça, mais je n'ai pas perdu au change.




« J'aime écouter des langues que je ne comprends pas. J'aime le moment où la compréhension des mots s'arrête et où chaque langue commence à “faire du bruit”. Toutes les langues ont un son spécifique, et certaines ont, plus que d'autres, des caractéristiques acoustiques particulières qui me ravissent en tant que musicien. »

Ainsi Alessandro Bosetti a créé Zwölfzungen, série de douze « portraits de langues » qu'il ne comprend pas. Sur chaque piste il y en a parfois une, parfois deux, dont un obscur dialecte germanique, une langue sifflée, des langues africaines avec des clics (claquements de langue)… et les accompagnements musicaux sont aussi variés, des musiques expérimentales parfois ambient, parfois étranges, ludiques et qui n'ont (bonne idée) rien à voir avec les régions d'origine des langues.

À ma toute première écoute, j'ai trouvé Zwölfzungen intéressant mais fatigant voire agaçant par moments (les deux Basques et leur “ak ak ak ak”…). Dès la deuxième, j'ai trouvé ça drôle et vraiment réussi. Il y a une absurdité et une candeur réjouissantes dans ce projet (jusqu'à la dernière piste, qui fait exception aux règles des précédentes et dont je vous laisse découvrir le truc). Si les langues ne sont pas là pour être comprises, les rares pistes où j'ai pu comprendre des bribes sont aussi celles que j'ai préférées — notamment celle en créole haïtien (très proche du français) qui a une sacrée énergie bizarre.

Je dois cette découverte au club de musique expérimentale sur RYM, qui est mort mais m'a fait découvrir pas mal de bons disques ! C'est aussi par lui que j'avais découvert la version d'In C par Africa Express et Hand in Hand de Félicia Atkinson.

(→ Hexaitis)

mercredi 20 décembre 2017

Joyeux solstice !

Pourquoi ne pas changer un peu ? Voyons ce qu'il y avait avant ce sempiternel Père Noël, ce gros apôtre de la consommation de masse aux couleurs de Coca-Cola, et cherchons un peu plus loin dans nos traditions païennes ! En plus, le solstice c'est une date qui a du sens, pas une déterminée arbitrairement comme le 25 décembre.


Illustration : Robert Seymour, 1836.


Voici une image d'un Père Noël plus ancien, qui monte un bouc et apporte un grand bol de cidre chaud. Je ne sais pas pourquoi il a un bébé aussi, mais c'est probablement pour une bonne raison !


Illustration : Bonnier Carlsen (?)


Avant le Père Noël et même avant l'ère chrétienne, dans les pays scandinaves, c'était le Julbock (bouc de yule, la fête qui est devenue noël) qui apportait des cadeaux !


Illustration : ?

Pas mal non plus, non ?


? : ?


Je ne sais pas trop ce qui se passe là au juste, mais je suppose que c'est toujours lié aux anciennes traditions païennes..? En tout cas, ce n'est plus aujourd'hui qu'on ferait ça !

Allez, joyeuse fête du solstice, et n'oubliez pas de mettre le feu à votre bûche ! D'après internet, si vous y rajoutez du nitrate de potassium, du borax ou du sulfate de cuivre, vous pourrez même y ajouter des couleurs ! C'est probablement dangereux et peut-être interdit !  (✿◠‿◠)

samedi 25 novembre 2017

♪ 63 : Le centre infini se brise en étincelles dans le vide cosmique

Sparks Fly Upward de l'Alex Cline Ensemble commence sur une piste éparse, douce et chaude ; la deuxième piste dérange déjà plus avec ses dissonances et percussions rapides en contraste avec les autres instruments. Sur la piste-titre, on atteint carrément le sublime, avec la froideur de ses silences et de ses espaces, son tempo lent, la beauté solenelle de ses mélodies et de son chant… à écouter par une journée froide et solitaire. Elle fait une demi-heure et est dédicacée à Andreï Tarkovski ; les paroles sont tirées de son journal intime (d'ailleurs toutes les pistes sont dédicacées). Suivent les brûlantes percussions d'“Arroyo Taiko” et “Audacity”, et le final “Sonnet 9” qui rappelle de nouveau la lenteur et la beauté de “Sparks Fly Upward”, en plus calme. Ça peut paraître hétéroclite, mais ça fonctionne très bien. C'est le troisième disque que j'écoute avec Alex Cline, il a une sensibilité minimaliste qui me plaît beaucoup. Il est batteur et compositeur. Ah oui, et c'est du jazz (avec des allures de musique de chambre contemporaine).


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Le dernier Ben Frost fait mal (et fait du bien). C'est un disque brutal, radical, beau, éminemment actuel — et aussi, pour la première fois, politique. Le titre vient d'un poème de W. B. Yeats, “The Second Coming” ; je vous conseille de le lire en entier et en version originale si vous ne le connaissez pas déjà, sinon ce passage vous donnera une idée : « Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde comme une mer noircie de sang : partout on noie les saints élans de l’innocence. Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises. » (trad. Yves Bonnefoy)

The Centre Cannot Hold présente des actes de violence d'une esthétique superbe, accompagnés de moments de douceur fugaces — quelques secondes d'anticipation avant la déflagration comme sur “A Single Hellfire Missile Costs $100,000”, ou bien la beauté du désespoir sur “All That You Love Will Be Eviscerated”. Comme ses albums précédents, The Centre Cannot Hold est inclassable. S'agit-il encore de musique électronique ? Très peu de sons ont l'air électroniques ici. On retrouve Steve Albini à la production, et si vous aimez le style Albini, vous devriez vous régaler. J'avais reproché à A U R O R A sa trop grande linéarité, ici rien à redire — malgré son agressivité, le disque ne manque jamais de subtilité.

Seule la pochette semble manquer d'esthétique au premier abord, mais elle prend sens avec l'écoute ; son allure de drapeau, cette tension irréconciliable entre deux éléments tranchés. Sur le CD, il y a une face mate, une face brillante et le titre gaufré, et à l'intérieur, une marée de liquide bleu et noir qui engloutit tout.


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On continue dans la noirceur contemporaine avec l'album éponyme de Pessimist, de la drum and bass minimale atmosphérique qui sent les vapeurs de clope froide au fond d'une impasse non éclairée à deux heures du matin. Et quand je dis drum and bass, honnêtement, ça ne s'entend pas tout de suite — le disque commence par des pistes si lentes et froides qu'on est plus proche du dark ambient, avec une ambiance qui est par la suite nettement plus proche de la techno industrielle.

Si une bonne première moitié de l'album reste dans ce registre glauque, c'est quand les choses se réveillent que l'album brille vraiment. “Peter Hitchens” est une des toutes meilleures pistes sorties cette année. Par contre, à ce que j'ai lu, Peter Hitchens semble être un connard réactionnaire qui nie tout ce dont il ne veut pas entendre parler ; dommage.


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Pour respirer un peu, on peut se plonger dans le catalogue de Good Looking Records, un des labels majeurs de drum and bass atmosphérique dans les années 90. Les deux-titres d'Artemis (Elysian Fields / Desiderati et Inner Worlds / Sun Stars) sont nickel, Mr Nice de Big Bud aussi avec un son plus jazzy…

Et du même artiste en long format, Infinity + Infinity est une vraie perle. Cette musique est résolument dualiste, elle fait planer et voyager l'esprit tout en faisant bouger le corps sur des rythmes endiablés, une superposition de deux rythmes complètement différents dans une atmosphère qui peut évoquer un voyage spatial. Puis on atteint une sorte d'unité avec les sons plus lents et le saxophone des deux dernières pistes. Pas un temps mort ni un raté sur 70 minutes ; je ne comprends pas vraiment les gens qui disent que ce genre a mal vieilli.


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Autre type de voyage spatial en musique : Vuoto de Nō (un alias de Fabio Perletta, fondateur du label Farmacia901). C'est aussi prenant mais nettement plus froid, une exploration de confins inconnus et de phénomènes étranges ; on se retrouve au milieu de drones déstabilisants ou hypnotisants, il y a des notes qui forment des mélodies que l'on aurait du mal à reconnaître comme telles. Une piste est nommée d'après la division d'Encke à l'intérieur de l'anneau A de Saturne. Ça peut fonctionner en musique d'ambiance, si l'on n'a pas peur des blips amélodiques et des vibrations stridentes.




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Broken Glass Arch de Djrum est un vrai bijou. La piste-titre combine polyrythmes, xylophones, claquements de mains, chants… en un hommage aux musiques africaines qui pourrait aussi rappeler certains titres récents d'UK bass si on les sortait de leur urbanité glauque ; la première partie de “Showreel”, sans beats mais avec piano, basse et violon, n'est que pure émotion, et la seconde partie combine les deux en rajoutant une touche de bass music. C'est magistral. Inclassable aussi, honnêtement Resident Advisor classe ça dans la techno mais ça n'y ressemble pas.