mercredi 11 avril 2018

Actualités (3)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mercredi 28 mars 2018

Actualités (2)

Même principe que précédemment, à savoir :
1) Se rendre sur un site d'actualités ;
2) combiner des bouts de titres ensemble sans réfléchir ;
3) imaginer et dessiner les événements décrits par le nouveau titre obtenu.
(Vous pouvez cliquer ici pour tout voir en grand !)




mardi 27 mars 2018

♪ 67 : Sublimation de têtes blessées et coups de cœur autonomiques

“Sticky” était une de mes chansons préférées l'an dernier : syncopée, espiègle, élastique avec un chant en transformation perpétuelle qui ne rate jamais sa cible, une véritable perle. L'EP entier (Crush) est sorti : pas de miracle, “Sticky” reste la meilleure piste dessus, mais “Closer” la suit étonnamment bien en déclinant ce style de r'n'b sur un rythme plus lent et langoureux. Les trois pistes suivantes sont bonnes aussi mais éclipsées par les deux premières ; prenez-vous le single ou l'EP, à vous de voir, mais jetez-y une écoute si vous aimez le r'n'b ! (À noter que tout est produit par Steve Lacy.)




Injuries d'Angles 9 : neuf musiciens dont cinq cuivres, je ne m'y connais pas en big band mais si ça ressemble souvent à ça, il va falloir que je m'y mette. Les deux premières pistes sont bougrement entraînantes, des concentrés d'énergie avec quelques influences folkloriques sur “Eti” il me semble ; on change totalement de registre sur “A Desert on Fire, a Forest / I've Been Lied To”, passage mémorable à travers une nuit si dense qu'on dirait presque du dark jazz. La lumière revient tout progressivement à la fin pour éclairer une scène désolée, et le groupe d'enchaîner, sans que ça paraisse incongru, sur la très dansante “Ubabba”. La piste-titre, plus tard, commence à brouiller les lignes mais garde son énergie malgré le chaos ; et “Compartmentalization” finit sur la note la plus rythmée. Irréprochable, du moins à mes oreilles.




Le trois mars, c'est l'Acid Day, où l'on célèbre le fameux synthétiseur TB-303 qui a donné son son à l'acid house, l'acid techno, l'acid trance etc. (Ça aurait plus de sens de fêter ça le 30 mars du coup, mais bon, les Américains..!) Du coup ce jour-là je me suis fait une journée 100% TB-303. Une recommandation au pif parmi les disques que j'ai écoutés : Off the Leash de Textasy, un artiste qui a le vent en poupe ces derniers temps. “Illusions of the Mind” est un très bel hommage à l'electro de Cybotron qui incorpore une mélodie orientalisante et même à la fin un solo de guitare déformé vers la fin ; l'artiste envoie ensuite de la techno plus lourde mais qui ne manque ni de finesse ni d'une pointe d'humour, comme sur “Acid Bleach (i live with my mom edit)”… et surtout “Bustanut”, hommage à un certain aspect de la sexualité masculine qui dépasse sans difficulté son aspect comique parce qu'elle cartonne sur tous les points.




D'habitude, j'aime tout particulièrement les montées en puissance, mais c'est étonnant de voir à quel point la stratégie inverse fonctionne sur Fabriclive 50: Autonomic de dBridge et Instra:mental. Il faut dire que c'est un mix particulièrement tranquille. Ainsi, les deux artistes commencent tout de suite par un petit bijou accrocheur et mélancolique, “Seems Like” de Riya… et les huit pistes suivantes se déroulent comme une longue coda, rythmée mais surtout atmosphérique, qui évolue si progressivement et de manière si cohérente qu'il faut vraiment tendre l'oreille pour savoir où les pistes commencent et finissent. Pourtant les couleurs changent, tour à tour plus froides, plus calmes… et on se rend à peine compte que c'est de la drum'n'bass, vu à quel point c'est posé. Avant que le souffle ne finisse par retomber, on relance un coup le mix avec un hybride, a capella de r'n'b (chœurs inclus) combiné à des beats d'n'b. La suite alterne joliment entre explorations atmosphériques et hooks parcimonieux qui tombent toujours à point nommé. C'est un des mixes les plus fluides que j'ai pu écouter, qui donne beaucoup sans en avoir l'air.




Alors évidemment, après ça, j'ai écouté l'album de Riya. C'est un album de collaborations dans l'ordre inverse de l'habituel : Riya y assure toujours le chant, mais chaque piste est produite par un autre artiste. Parfois ils s'y mettent carrément à trois, mais il faut être honnête, les beats de drum'n'bass classique, c'est aussi efficace qu'impersonnel ; la plupart des producteurs sont interchangeables, ce sont bien les chansons qui font la différence (et si on se focalise là-dessus, l'album prend presque des airs de r'n'b). Le plaisir d'écoute est là en tout cas.

Là où j'accroche moins, ce sont sur les quelques pistes qui usent de ce son de basse déformé lourd, dissonant et vulgaire (que tout le monde a déjà dû entendre dans le dubstep). Et pourtant… il y a une piste en particulier, “I Don't Need” (co-signée Break), qui ne s'en prive pas mais joue si bien avec les contrastes (piano et basse à mi-vitesse contre progression lente contre synthés et percus frénétiques, chant qui tourne en rond avant de s'envoler contre grosse basse qui tache…) que ça en devient carrément ma préférée. Comme quoi.




Le club expérimental de RYM a ressuscité (et je vais recommencer à parler de mes préférés). Casse-tête de Bernard Bonnier est un album qui prouve qu'on peut donner dans l'expérimentation sans bouder les plaisirs immédiats : chaque piste est un assemblage insolite d'éléments disparates qui confinent à l'absurde, créent ensemble des scènes évocatrices — et surtout sont carrément rythmés. Ça ressemble à certains passages de Nurse with Wound, sans noirceur et sans temps morts. En fait, Casse-tête est meilleur que la plupart des albums de Nurse with Wound.

Dommage que l'artiste n'ait sorti que cet album-là ! Mais il a aussi collaboré avec Pierre Henry, il faudra que je jette une oreille aux disques sur lesquels il a joué.




Non, John Cassavetes n'a pas à ma connaissance composé de musique. Ekkehard Ehlers Plays n'est pas, comme je l'ai cru au départ, un disque d'interprétations (d'ailleurs je me demanderais bien à quoi ressembleraient les partitions de ces musiques !) ; c'est une série d'hommages à Cornelius Cardew¹, Hubert Fichte², John Cassavetes³, Albert Ayler⁴ et Robert Johnson⁵. Et un disque dont on ne fait pas le tour facilement.

Si la première piste de Cornelius Cardew est très belle avec son orgue calme et ses petits sons de-ci de-là, la deuxième exprime ce même calme avec un torrent qui enveloppe (et un sample en arrière-plan que je connais mais que je n'arrive plus à replacer). Les pistes pour Hubert Fichte sont plus étranges et prennent volontiers à rebrousse-poil, en fait la seconde est le seul passage que je n'aime pas sur la compilation. John Cassavetes a droit à vingt minutes de superbe “fuzzy ambient” qui fait partie du meilleur que l'on peut trouver dans le genre, avec une boucle de violon du plus bel effet (que vous reconnaîtrez sans doute) ; pour Albert Ayler, on sort les violoncelles et on glitche tout, et on continue d'enchaîner les surprises jusqu'à la fin.

En cherchant des informations sur l'artiste, j'ai vu qu'il a aussi sorti un album de blues, étudié Theodor Adorno et travaillé avec les Red Hot Chili Peppers (groupe que je n'aurais jamais pensé citer). Éclectique, décidément.

¹ D'après Wikipédia, un compositeur communiste qui renonça à la musique expérimentale en cours de carrière pour se consacrer à une musique politique. ² Écrivain. ³ Cinéaste. Vous, vous le connaissez sans doute ; moi pas encore. ⁴ Jazzman. ⁵ Bluesman. (Heureusement que je l'écris, je me rends compte que j'avais confondu avec Daniel Johnston jusqu'à présent.)

mardi 27 février 2018

♪ 66 : Quatre-vingt-dix images azimutales formées par des isthmes acides

9T Antiope – Isthmus
(Eilean Rec., 2017)
Un duo franco-iranien de musique électro-acoustique avec chant, sons électroniques, phonographies et violon. Si la voix de la chanteuse, harmonieuse et comme suspendue, peut avoir des airs de légèreté, l'environnement dans lequel elle évolue est un tumulte, au mieux simplement agité, parfois violent. Les enregistrements pris dans les deux pays ancrent la musique dans le monde réel quitte à la brusquer (de quoi faire réfléchir à la place de la musique dans le monde ? quelque chose d'intangible, fugace, futile, et pourtant sans ça tout serait tellement plus froid ?) ; le violon, lui, relie les deux et fait autant écho à la sensibilité du chant qu'à la tension et à la violence des éléments plus bruitistes. C'est un élément structurant, parfois il ne fait que renforcer l'anxiété que l'on ressent, parfois il va plutôt du côté de la mélancolie.

Isthmus fait quatre pistes pour trente-cinq minutes ; c'est assez court et je pense que le groupe a encore du potentiel à développer, mais leur son est déjà saisissant.




Kenny Larkin – Azimuth
(Warp, 1994)
Ma meilleure découverte du mois. C'est de la Detroit techno de génie avec des courtes boucles rythmiques (qui me font penser à Robert Hood, dont il faudra que je parle aussi par ailleurs), des développements mélodiques quasi-ambient techno, des pistes à la Carl Craig mais en encore mieux, une ambiance futuriste-spatiale, des polyrythmes et autres expérimentations. Peut-être mon disque préféré du genre pour le moment.

Il paraît que l'album suivant est encore meilleur, je l'écouterai mais j'ai du mal à imaginer.






Kat Onoma – Far from the Pictures
(EMI / Dernière Bande, 1995)
Du rock à écouter la nuit. Avec cette basse qui s'entend parfois plus que la guitare, ces saxophones sur quelques titres, et surtout ce chant mi-parlé mi-chanté, qui sans aller jusqu'à la froideur d'autres groupes français (Diabologum, Mendelson) donne aux chansons une allure introspective. Far from the Pictures joue entre deux pôles, et serait loin de fonctionner aussi bien s'il penchait résolument côté rock (comme sur “Idiotic”, un des meilleurs titres et pourtant tout un album comme ça aurait pu être un peu artificiel ou manquer de souffle) ou côté intimiste (“La chambre”, belle, plus naturelle avec son texte parlé en français, mais tout un album comme ça aurait pu devenir lassant). Rodolphe Burger a un accent français sacrément marqué, qui marche plus ou moins bien selon les pistes mais que j'aime beaucoup en général. (Le rock parlé fonctionne-t-il naturellement mieux en français et le rock chanté en anglais ? Je n'en sais rien.)

(Aujourd'hui je pourrais donc enfin répondre à la question « quel artiste connu vient de votre ville natale ? » sans avoir à rougir.)




808 State – 90
(ZTT, 1989)
C'est vrai que le monde de la musique électronique et celui de la pop ont des conventions différentes, mais honnêtement, 90 cartonne peu importe le barème utilisé. De l'acid house expérimentale et accrocheuse, une idée différente par piste, c'est réjouissant d'entendre ce groupe s'inspirer du hip hop de l'époque (1989) avec des voix de dictée magique, tester des sons orientalisants, sampler Cybotron avec bonheur… il y a peut-être même quelques passages qui annonceraient la trance, mais là je m'avance peut-être un peu. Le tout avec d'excellentes mélodies. Moins de quarante minutes, pas une de gaspillée : un classique.




The Mars Volta – The Bedlam in Goliath
(Universal, 2008)
Cet album est sorti il y a dix ans et je me fiche complètement de ce genre d'anniversaire, mais comme RYM en a parlé pour l'occasion j'en ai profité pour le réécouter aussi. The Mars Volta reste mon groupe de prog préféré, d'assez loin même (à moins de compter Tool dans le genre) ; parmi les  autres grands noms du genre, il y en a quand même un bon paquet qui me laissent de marbre ou me gonflent vaguement avec leurs froufrous et leurs arabesques vaniteuses(*).

Alors que The Bedlam in Goliath, c'est un déluge de tubes. Honnêtement. Il ne laisse pas une seconde pour souffler et est tellement accrocheur que ses 75 minutes passent comme un paquet de cacahouètes, tant pis pour les allergiques ; il ne commence à pêcher qu'à partir de la huitième piste, où certains passages ralentissent le rythme et s'égarent un peu, mais il n'y a pas une seule piste qui n'ait pas son moment fort. Une telle intensité, ça force le respect et surtout ça me fait toujours autant plaisir.

(* Je sais, je dis ça alors que Frances the Mute — que je considère comme un vrai chef d'œuvre — traîne un sacré paquet de passages vaguement atmosphériques que l'on peut en toute bonne foi trouver vains et ennuyeux. Mais ce disque garde sa cohérence à mes oreilles, alors que d'autres passent continuellement du coq à l'âne rien que pour épater la galerie. Genre Close to the Edge de Yes, c'est un très bon disque, mais dont l'ambition principale reste quand même de péter plus haut que n'importe quel cul et qui m'épuiserait s'il durait plus que ses 38 minutes. C'est ce que je ressens en tout cas. Peut-être que mon ressenti est de mauvaise foi.)




Mileece – Formations
(Lo, 2003)
En 2003, la Britannique Mileece Abson sort un petit disque réalisé avec des programmes qu'elle a écrit elle-même et qui s'inspirent de formations naturelles comme la croissance des plantes ou la structure des flocons de neige. Ce qui se traduit par de l'ambient très organique plein de petites touches, des berceuses pointillistes qui font entendre une forme de vie à travers les sons synthétiques ; seule la dernière piste apporte une présence humaine directe, avec du chant et du violon. C'est joli comme tout.

Et ça donne envie d'en entendre davantage, sauf que Mileece est une des artistes les moins prolifiques qui existent ; depuis Formations, elle n'a sorti qu'une ou deux pistes pour des compilations et une installation du nom de Sonic Garden où des senseurs convertissent les données émises par des plantes en sons pour générer de la musique (les visiteurs pouvaient notamment toucher les plantes pour faire de la musique). Ça peut être un peu frustrant, mais à la réflexion je préfère ça aux discographies qui se répandent dans tous les sens au point de décourager.

dimanche 11 février 2018

Le Récepteur


Une nouvelle bande dessinée ; celle-ci est courte et sérieuse, c'est une tentative de faire une histoire d'horreur (ou quelque chose qui s'en rapproche). C'est la première et peut-être la dernière fois que j'en fais une où un avertissement sur le contenu se justifie.

Cliquez ici ou sur l'image pour la lire ! (Il y a aussi une version en anglais ici.)

mercredi 31 janvier 2018

♪ 65 : MMXVII × 2⁵ + 3 (+13)



Bonjour ! Cette année, une fois n'est pas coutume, je publie un top. J'ai passé le mois de janvier à n'écouter quasiment que des disques de 2017, en écumant les tops, les /strm_relyear,ss.rd.d/2017 et quelques catalogues de labels. Y'a de sacrés bons trucs. Du coup je vous passe ça à la place de mes recommandations mensuelles habituelles, il y a quelques reposts mais pas mal de disques dont je n'avais pas parlé.



(Je ne mets pas de numéros parce que mon classement est super vague ; tous ces disques valent 8/10 selon moi, sauf les cinq ou six premiers à qui je mets 9/10. Pas de grand chef-d'œuvre indétrônable comme l'an dernier où Juntaro avait tué la mort.)

[Repost de novembre] Le dernier Ben Frost fait mal (et fait du bien). C'est un disque brutal, radical, beau, éminemment actuel — et aussi, pour la première fois, politique. Le titre vient d'un poème de W. B. Yeats, “The Second Coming” ; je vous conseille de le lire en entier et en version originale si vous ne le connaissez pas déjà, sinon ce passage vous donnera une idée : « Tout se disloque. Le centre ne peut tenir. L’anarchie se déchaîne sur le monde comme une mer noircie de sang : partout on noie les saints élans de l’innocence. Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises. » (trad. Yves Bonnefoy)

The Centre Cannot Hold présente des actes de violence d'une esthétique superbe, accompagnés de moments de douceur fugaces — quelques secondes d'anticipation avant la déflagration comme sur “A Single Hellfire Missile Costs $100,000”, ou bien la beauté du désespoir sur “All That You Love Will Be Eviscerated”. Comme ses albums précédents, The Centre Cannot Hold est inclassable. S'agit-il encore de musique électronique ? Très peu de sons ont l'air électroniques ici. On retrouve Steve Albini à la production, et si vous aimez le style Albini, vous devriez vous régaler. J'avais reproché à A U R O R A sa trop grande linéarité, ici rien à redire — malgré son agressivité, le disque ne manque jamais de subtilité.

Seule la pochette semble manquer d'esthétique au premier abord, mais elle prend sens avec l'écoute ; son allure de drapeau, cette tension irréconciliable entre deux éléments tranchés. Sur le CD, il y a une face mate, une face brillante et le titre gaufré, et à l'intérieur, une marée de liquide bleu et noir qui engloutit tout.
The Centre Cannot Hold




[Repost de novembre] Broken Glass Arch de Djrum est un vrai bijou. La piste-titre combine polyrythmes, xylophones, claquements de mains, chants… en un hommage aux musiques africaines qui pourrait aussi rappeler certains titres récents d'UK bass si on les sortait de leur urbanité glauque ; la première partie de “Showreel”, sans beats mais avec piano, basse et violon, n'est que pure émotion, et la seconde partie combine les deux en rajoutant une touche de bass music. C'est magistral. Inclassable aussi, honnêtement Resident Advisor classe ça dans la techno mais ça n'y ressemble pas.
Broken Glass Arch




World Eater de Blanck Mass : une sacrée claque. Un album d'électro-industriel furieux mais aussi mélodique et véritablement accrocheur, avec plein de courtes boucles rythmiques (j'adore les courtes boucles rythmiques) et du grand spectacle. L'intro “John Doe's Carnival of Error” touche déjà au génie : sa petite mélodie pseudo-enfantine qui ne trompera personne annonce tout de suite la déflagration à suivre, sauf qu'avant ça arrivent un rythme entraînant, un chant découpé qui apportent un groove complètement inattendu, tous les éléments se mettent en place — et on enchaîne direct avec “Rhesus Negative”, bombe hurlante, chaos aussi intense que maîtrisé. Les collages vocaux reviennent sur “Please”, tube puissant, doux et mélancolique en même temps, et là c'est bon, Blanck Mass a déjà fait carton plein. Le reste de l'album continue d'explorer des terrains similaires (à part la suite “Minnesota / Eas Fors / Naked”) et ça suffit pour donner un excellent album.
World Eater




Sarah Davachi avait déjà sorti de bons albums de drone auparavant, mais elle vient de franchir un grand pas avec All My Circles Run. Plus de synthétiseur cette fois, tout est acoustique ; une piste pour instruments à cordes, une pour chant, une pour orgue, une piste pour piano. On entend chaque instrument sous plusieurs facettes à la fois, de longues notes superposées qui forment, lentement, de belles mélodies d'une beauté crépusculaire ; au centre de l'album, une piste deux fois plus courte répète calmement une boucle au piano et quelques craquelures.

L'album est court (41 minutes) et très beau. Je pense qu'il pourra convaincre même des gens qui n'aiment pas le drone.
All My Circles Run




[Repost de décembre] Le premier album d'Ariadne, Tsalal, était déjà impressionnant : un contraste intense entre un chant lumineux et solennel inspiré par la musique sacrée, et du dark ambient distant mais monstrueux qui, parfois, déformait tout. Entre les deux éléments, un vide glaçant, six longues pistes qui faisaient ressentir autant de beauté que de noirceur et de solitude.

Sur Stabat Mater, la figure angélique a plongé dans les enfers et nous y entraîne. Douleurs, osmose paradoxale, oppression, jeux de miroirs et illusions — c'est un cauchemar effrayant et magnifique. Les pistes sont courtes, la tension quasiment insoutenable.

Ce grand écart entre musiques anciennes et glitch ultra-contemporain est unique à ma connaissance ; on la retrouve dans les paroles aussi, adaptées d'écrits de Hildegarde de Bingen, Thérèse d'Avila… et d'Aase Berg, une poète surréaliste contemporaine. L'album s'accompagne d'une série de vidéos en vue subjective, de quoi plonger encore plus dans le cauchemar.
Stabat Mater




[Repost de décembre] Je peux remercier flyingwill du forum RYM pour m'avoir fait découvrir DOLL$BOXX, un groupe de cinq japonaises qui joue du power trance metal. Leur EP High $pec commence de manière fulgurante : un riff synthétique acide, une guitare tonitruante, un cri infernal qui enchaîne direct avec un chant parfaitement clair, autant de claques en trente secondes ! La maîtrise technique des artistes metal se perd parfois dans des esthétiques ostentatoires (voire ridicules) ou qui tournent à vide, mais ici, les chansons sont aussi accrocheuses que de la pop. High $pec ne fait que cinq chansons mais ces chansons sont du tonnerre.




J'avoue que je ne connais encore que très mal Ryuichi Sakamoto — juste cet album, Insen en collaboration avec Alva Noto, et un de Yellow Magic Orchestra. Va falloir que je rattrape ça.

Ça ne m'empêche pas de trouver async fabuleux : un album incroyablement riche, serein, quelque peu mélancolique mais surtout contemplatif, et un des disques d'ambient les plus variés que j'ai pu écouter. Entre les mélodies assez directes, les passages subtils presque atonaux avec juste une percussion, un ou deux passages avec voix qui ressemblent à des poèmes, on n'en fait pas le tour rapidement. D'ailleurs « poétique » est sans doute le mot qui le décrit le mieux.




Face Your Fear de Curtis Harding est un album de soul. Pas de neo-soul, de soul parfaitement traditionnelle, seuls certains détails (notamment dans la production) laissent entendre que c'est un disque récent. C'est l'album le plus direct de mon top, j'ai eu un coup de cœur dès le début, ma bonne impression s'est confirmée tout le long et à chaque réécoute, c'est émouvant, groovy, les chansons me reviennent souvent en tête, rien à redire.
Face Your Fear




Vous aimez Steve Reich, Terry Riley, John Adams..? D.K. (de son vrai nom Dang-Khoa Chau) les pompe allègrement sur Distant Images, un EP downtempo qui a aussi une touche d'exotisme, des synthés et des effets rétro. C'est soit un peu kitsch et artificiel, soit un vrai bijou — à vous de voir ! Moi en tout cas j'accroche carrément.
Distant Images





Saagara est un ensemble de jazz fusion qui tire son inspiration de traditions indiennes et européennes. Le groupe est composé d'un Polonais (connu pour d'autres projets aussi, il s'appelle Wacław Zimpel) et de quatre Indiens, c'est super accessible et agréable, avec en général une ou deux lignes libres sur des éléments rythmiques répétitifs. Ça dure 39 minutes, c'est très réussi et c'est sur Bandcamp.

(Et si vous voulez plus de jazz, La Saboteuse de Yazz Ahmed et Fly or Die de Jaimie Branch sont bien aussi. Je ne les mets pas dans mon top parce que ça reste des genres que j'écoute peu, mais ils figurent dans d'autres tops.)
2




Il est intéressant d'entendre des artistes qui ont fait leurs preuves depuis longtemps s'essayer à quelque chose de différent. Ainsi Éliane Radigue, qui après avoir expérimenté avec des bandes magnétiques et du feedback au début de sa carrière, est surtout connue pour ses drones subtils sur synthétiseur ; sa Trilogie de la Mort est le chef d'œuvre du genre. Et puis, après trente ans passés avec cet instrument, elle a complètement abandonné son ARP 2500 pour écrire des compositions acoustiques… même si, pour elle, ce n'était qu'une extension naturelle de son travail*.

Pour être honnête, je n'ai jamais vraiment aimé la première œuvre acoustique que j'ai écoutée d'elle, Naldjorlak — morose et interminable.

Mais Occam Ocean, c'est autre chose. “Occam River I” est ce que j'aurais aimé que Naldjorlak soit : une musique toute en nuances diffuses, changeantes, superposées par transparences, grave mais belle. Les “Occam” suivants, pour instruments seuls, sont des études de détail, on a l'impression de toucher les cordes tant les sons sont tangibles ; je n'ai lu aucune critique encore mais j'imagine que tout le monde n'aimera pas “Occam III”, où le souffle et les efforts de la musicienne sur son birbyné se font autant entendre que l'instrument lui-même — je me prends à inspirer et à expirer en même temps qu'elle. Sur “Occam Delta II”, il y a presque un sentiment d'alerte. Si les noms (rivières, deltas…) correspondent à la formation qui joue chaque pièce, la compositrice cherche personnellement avec chaque instrumentiste une image précise, personnelle, associée à l'eau*.

Tout ça remplit deux CDs pour le moment, et ce n'est qu'une partie de l'ensemble : Occam est un projet-fleuve avec vingt pièces, vingt-deux solos modulables. On peut aussi écouter des performances d'“Occam Ocean” (pour orchestre) sur Youtube, je vous le conseille.

Contrairement à l'album de Sarah Davachi, Occam Ocean 1 est une œuvre à réserver aux oreilles averties, mais elle vaut vraiment le coup.

* Je tire ça de cet article, intéressant à lire si vous vous intéressez à l'œuvre.




De l'ambient techno bien deep avec des rythmes qui frappent juste ce qu'il faut là où il faut, des inspirations de drum'n'bass sans que ça ressemble à de la drum'n'bass ; deux pistes plus ambient et deux plus rythmées, même si toutes les quatre jouent des deux côtés. Et une toute petite référence à Roy Ayers en passant, c'est rien mais ça fait toujours plaisir. Rien à redire, cet EP de Skee Mask est un bijou. Pas de vrai titre, le numéro de catalogue est ISS002. (Et ça me donne carrément envie d'écouter son album entier sorti l'an dernier, je vais m'y mettre dès que j'aurai posté ce top !)
ISS002




[Repost d'août] Patterns of Consciousness de Caterina Barbieri est un excellent album minimaliste avec de très belles mélodies.

Sauf que comme je ne sais pas comment décrire une mélodie, je vais parler vite fait du concept : les compositions sont basées sur des motifs dont seule une partie est entendue à chaque fois, comme si une caméra se déplaçait progressivement le long de la partition. Les trois premières pistes sont présentées en deux versions — la première intense, claire, rapide et rythmée, la seconde plus minimaliste, plus lente, où les notes s'étirent et se superposent… Enfin le final, lent, clair et crépusculaire, fait la synthèse des deux approches. J'ai balancé le mot « crépusculaire » comme ça mais il conviendrait à tout l'album, je trouve.

Le choix du tout-synthé rappelle certains disques d'électronique progressive, mais l'œuvre dans son ensemble est plus proche du minimalisme qu'on peut entendre chez Steve Reich ou Philip Glass. Mais émouvant d'une différente manière. Je recommande vivement.
Patterns of Consciousness




Drifter, compositions de Linda Catlin Smith interprétées par l'Apartment House & Bozzini Quartet, est un album de musique contemporaine (de chambre / expérimentale) qui tempère son austérité avec une belle sensibilité. Les compositions ne font entendre que peu d'instruments à la fois, avec volontiers des vides si ce n'est des silences, et les harmonies n'y sont pas une évidence ; en fait, la musique se meut le plus souvent entre assonances et dissonances sans toucher l'une ni l'autre. Mais chaque ligne est pertinente, provoque une réaction inattendue et belle à sa manière, rugosité, souplesse, solitude temporaire ou union éphémère. Moi qui suis d'habitude peu sensible aux musiques classiques et contemporaines à part les impressionnistes, j'ai beaucoup aimé et j'ai souvent eu envie d'y revenir. Tout au plus puis-je reprocher à cet album d'avoir quelques longueurs.




Yaeji est une artiste qui plait autant aux fans de pop et r&b qu'aux fans de house ; son EP2 a les pieds sur le dancefloor et la tête dans les nuages. Le single “Raingurl” est entêtant, avec le refrain le plus basique du monde mais une production deep parfaite, et les autres pistes sont une deuxième belle surprise : nettement plus diffus et introspectifs, toujours rythmés mais presque ambient. Ça donne envie d'en entendre davantage !






Je recommande en passant 金606 de YYY (je crois que c'est le nom de la série de disques, qui ne sont pas signés par les artistes). C'est pas grand chose, juste un petit EP de deux pistes entre microhouse et deep house, mais qui ont une super progression, du style, et sont irréprochables dans le genre. Un disque que j'ai découvert tôt et que je n'ai pas oublié de l'année.








Il m'a fallu quelques écoutes avant d'accrocher vraiment à Ctrl de SZA. (En fait, la première piste que j'avais entendue d'elle, je l'avais zappée !) C'est certes du r'n'b classique dans le style, le genre à laisser attendre des titres accrocheurs et sensuels de la manière la plus classique, et pourtant ce n'est pas ça qui le fait tenir : il n'y a aucun tube évident ici, simplement plein de petits passages qui touchent juste mine de rien, et qui au fil des écoutes donnent de plus en plus envie d'y revenir. Si il y a des thèmes ouvertement sexuels (“Doves in the Wind” en devient presque comique), ces chansons me paraissent plus introspectives qu'aguicheuses… et le double final avec “Pretty Little Birds” et “20 Something” est superbe.




Je suis toujours aussi fan de Session Victim. Listen to Your Heart est leur album le plus chaud et le plus cohérent à ce jour, de la house bien deep avec samples de jazz et légères influences disco, qui bouge tranquillement mais sûrement. Rien de vraiment nouveau, mais c'est maîtrisé, fait avec le cœur et ça fait carrément du bien. “Moons and Flowers” fait partie des meilleures pistes de l'année (une de plus — Session Victim est le groupe qui a le plus de pistes dans mon top 100 avec Sonic Youth, Orbital et Underworld).
Listen to Your Heart




[Repost de juillet] Si vous avez envie de vous intéresser aux musiques expérimentales actuelles mais que vous n'aimez pas la vulgarité ni l'agressivité, je vous conseille de jeter une oreille à Mono no Aware du label PAN. Seize pistes inédites par dix-huit artistes, des impressions mêlées de paix, de mélancolie, d'anxiété… On peut se laisser bercer, le disque est proche de l'ambient, mais jamais dénué d'une certaine étrangeté. Crépusculaire.

Tout l'album est bon, et étonnamment cohérent d'ailleurs (je me demande s'ils ont donné des consignes spécifiques aux artistes ?), mais s'il y a une piste qui se démarque vraiment dessus à mes oreilles, c'est celle de Malibu, une artiste française (qui n'a pas encore sorti d'album ni d'EP complet mais qui me donne envie d'en écouter plus) ; cette “Held” me fait penser à un pendant intimiste et peut-être accidentel de la sublime “Batwings” de Coil.
Mono no Aware





JASSS cache son jeu avec Weightless : une pochette et un titre qu'on dirait tirés d'un album de dream pop (rien à voir, c'est de l'électro-industriel), une musique qui prend des chemins détournés constamment, comme avec la boucle arabisante glauque sur “Danza”, le jazz qui sort de nulle part mais reste en arrière-plan de gémissements chelous sur “Cotton for Lunch”, le compte sur la piste-titre qui tourne en boucle… Ce disque est retors, déstabilisant, volontairement difficile à cerner. Et en même temps il a plein de passages accrocheurs, en plus d'être original. C'est un jeu du chat et de la souris. Je parie que d'ici quelques mois ou quelques années, un rythme ou une mélodie me reviendra en tête et que je n'arriverai pas à me rappeler de quel album il s'agit !




Lack (惊蛰) de Pan Daijing (潘岱静) est un album expérimental cru, qui fait entendre l'animal dans l'humain, ne dit rien ni ne cache rien. Dix pistes qui ne cherchent ni la beauté ni la laideur, simplement à sortir quelque chose de l'intérieur, tremblant, sanglant, et à le présenter ; l'artiste dit qu'en finissant son album, elle n'avait plus l'impression d'écouter des pistes mais un processus psychoanalytique. Ça s'entend. De l'angoisse, du bruit, des instruments en métal, toutes sortes de vocalises mais pas de chant, un rythme dissonant aussi absurde que prenant sur “The Nerve Meter” (神经之量), des grincements, gémissements et autres bruits corporels sur “Practice of Hygiene” (洁净之用) — la piste qui fait le plus réagir, il y en a qui la trouvent répugnante, d'autres inécoutable, d'autres fascinante. Je dis oui, mais je comprends tout aussi bien son inclusion dans plusieurs tops de webzines que sa note plutôt faible sur RYM. À vous de voir !
Lack 惊蛰




Volumi Dinamici de Claudio PRC, c'est le genre de techno atmosphérique minimaliste que je prends toujours beaucoup de plaisir à écouter. Je sais, j'ai toujours la même référence depuis des années, mais au début je me suis dit que ça me rappelait Voices from the Lake avec de l'air, du béton et du métal à la place des paysages organiques sous-marins… Autre grande différence : les pistes sont séparées et ne forment pas de grand arc, ce qui pourrait être une faiblesse mais permet aussi plus de variété dans les pistes. Excellent disque en tout cas. Avec un coup de cœur particulier pour “Materia”, la dernière piste, qui fait monter la pression très progressivement sans s'arrêter et présente même un rythme bien dansant, juste pour la fin.
Volumi Dinamici





Transitions of Life de Synthek aurait pu être la bande son d'un film de cyberpunk noir à la Blade Runner. C'est de la techno, un peu sombre mais plus tendue que glauque, avec quelques passages apaisés et étonnamment accrocheuse.

En fait, je trouve qu'il colle mieux aux décors et à l'ambiance de Blade Runner (comme je me l'imagine) que la vraie B.O. du film… mais il est vrai que la techno est née en même temps que ce film, et ne ressemblait pas encore à ça à l'époque.
Transitions of Life





Layering Time d'Eva-Maria Houben et Ernesto Rodrigues ressemble beaucoup à une improvisation très éparse pour piano et alto en extérieur, un jour d'automne ou d'hiver ; zen, belle et un peu solennelle. Les bruits ambiants y tiennent une place si importante — le vent, un clocher au loin, deux passants, et surtout des corbeaux — que les instruments ne semblent là que pour les souligner et leur donner une légère teinte. Si vous avez besoin d'air après avoir écouté trop de chansons, c'est souverain.

Il s'agit en fait d'une reconstruction à partir d'enregistrements, mais ça sonne tellement naturel que je ne l'aurais probablement pas deviné.
Layering Time




Stack Music de Konrad Sprenger est un album minimaliste pour guitare électrique contrôlée par ordinateur suivant des algorithmes. Les compositions sont basées sur des motifs rythmiques, le système accorde la guitare tout en jouant, c'est beau, hypnotique et on a du mal à croire qu'il s'agit d'un seul instrument. J'aime beaucoup ce genre de musique, quand un principe simple révèle beaucoup de détails et de facettes. (Cf. aussi par exemple l'album de Seth Horvitz avec ses études pour piano automatique dont j'avais parlé il y a quelques mois.)
Stack Music





When Lobster Comes Home de Machine Woman est un EP plus que sympathique qui remplit plein de bonnes cases :
☑ accrocheur
☑ original (et difficile à classer dans un genre précis)
☑ noms de pistes rigolos
☑ sons inattendus et bizarroïdes…
☑ … qui n'empêchent pas la musique d'être dansante
☑ et le petit sample gratuit de Mortal Kombat (vous vous rappelez, le jeu vidéo ultraviolent avec la pub débile où un gamin se plante au milieu de la rue, étend les bras, crie « MORTAL KOMBAAAT ! » sans raison et y'a plein de gens qui accourent sans raison ?).

When Lobster Comes Home




全知全能 de Polkadot Stingray : rock dans les sons, pop dans l'esprit. 100 % mélodique, ça swingue tout le temps, et pas une piste qui atteigne les cinq minutes — j'ai eu l'impression d'être sur des montagnes russes au début ! Toute la force du disque est dans ses accroches, sinon c'est très classique au niveau du style. Ce que je déplore surtout, c'est le mastering avec du clipping qui s'entend ; pas de quoi empêcher le disque d'être très recommandable et “人魚” et “Synchronisica” de faire partie des meilleures chansons de l'année.






Il y a une certaine nostalgie très agréable qui se dégage des quatre pistes de cet EP de Giraffi Dog. Je ne saurais trop dire pourquoi, c'est de la house contemporaine, mais ce sont ces mélodies et ces sons synthétiques chauds qui me font penser à quelque chose qui sortirait des années 80 ou 90 ; d'ailleurs ce n'est pas si commun d'entendre un EP de dance music qui brille par ses mélodies sur chaque piste. En tout cas c'est du très bon.








[Repost d'octobre] Every Time Feels Like the Last Time de Daniel W J Mackenzie est un album d'ambient avec un côté acoustique mélancolique (violoncelle, piano, phonographies…) et un côté mystérieux, qui n'est pas étranger au bruitisme ni même à un peu de cruauté (on n'est pas chez Ben Frost, mais il n'est pas si loin que cela). Ce n'est pas du dark ambient, mais c'est clairement un disque à écouter la nuit.

Le label, Eilean, associe à tous ses disques une couleur, une saison ainsi qu'un point sur une carte ; pour cet album-ci, ils disent blanc, gris et hiver, mais je trouve que c'est déjà parfait pour l'automne avec les couleurs qui rougissent et le froid qui s'annonce. [edit : Et encore une fois on n'a pas d'hiver digne de ce nom. Bordel. Va falloir que je déménage en Norvège.]
Every Time Feels Like the Last Time





À mi-chemin entre Ryuichi Sakamoto et Ben Frost (je sais, ça fait une bonne distance !), il y a Fibolae, un des deux albums de Scanner sortis cette année. Une musique mi-rythmique mi-ambient, mi-électronique mi-acoustique, qui a par moments des allures de musiques de film, par moments rappelle certains disques d'IDM chauds comme ceux de Plaid ou de Telefon Tel Aviv, par moments envoie des percussions sacrément puissantes. Aucun adjectif, aucune couleur, aucun sentiment ne le définit à lui seul, c'est un réseau d'éléments éclectiques. D'ailleurs le mot “fibolae” n'existe pas et n'a aucun sens. C'est le seul défaut de ce disque, d'ailleurs : il me fait beaucoup d'effet quand je l'écoute (et je l'ai pas mal écouté), mais j'ai du mal à en garder une impression nette en mémoire ensuite.





Ça m'étonne, mais on trouve encore des albums de rock qui sont bons et originaux en 2017* ! Ainsi, Man Forever Play What They Want, qui a la bonne idée de laisser les guitares bien en retrait et se concentrer sur les percussions, le chant et quelques arrangements inhabituels (harpe, piano), en jouant du mystère et du suspens plutôt que de l'énergie ou du sentimentalisme. Il y a une piste de huit minutes avec Yo La Tengo, une de neuf minutes avec Laurie Anderson, j'y retrouve un peu de ce que j'aime chez ces deux artistes. En fait, le seul moment où le groupe se plante, c'est quand il essaie d'être direct et plutôt joyeux sur “Debt and Greed” (et même si elle est courte, sur une petite galette de cinq pistes pour 35 minutes, ça fait une tache qui se remarque) ; tout le reste est très bon.

* Peut-être que je surestime son originalité, parce que j'ai beaucoup de lacunes dans tout ce qui est rock indé des années 20XX.
Play What They Want





Pluto de Xu Cheng (徐程) est un voyage de plus d'une heure dans le quasi-vide intergalactique, une seule très longue piste de dark ambient minimaliste qui fait entendre la plus grande solitude… et puis, au fil du temps, des paysages changeants. Une certaine sérénité. Plus loin encore, une rencontre encore plus inattendue avec des synthés Berlin school qui change tout le disque. L'influence de Zeit de Tangerine Dream est évidente, mais le style est très différent, austère au point de faire presque disparaître la musique.
Pluto





[Repost de mai] Where Are We Going? : Octo Octa a fait son coming out et sorti un très bon disque de deep house pour l'occasion. Un album autobiographique, principalement instrumental mais qui prend une autre dimension quand on fait les liens avec les titres (principalement au niveau des émotions, mais il y a aussi par exemple une piste qui évoque la vie de l'artiste à quinze ans avec des samples de musiques qu'elle écoutait à l'époque)… Et c'est un sentiment d'espoir, de soulagement et d'optimisme qui ressort de l'album en entier. Ça fait plaisir à entendre !

Le son rappelle un peu celui de DJ Sprinkles, et je ne dis pas ça seulement à cause des thèmes. Si ça vous intéresse, il y a un entretien entre les deux artistes à lire ici.
Where Are We Going?



Il y a un style d'ambient populaire en ce moment, parfaitement représenté par le label Audio. Visuals. Atmosphere., qui joue du lo-fi et de sentiments mélancoliques voire carrément désespérés, avec des drones chauds et des expérimentations froides. En général ça sort sur cassette, et ça ressemble étrangement à certaines pistes calmes de… power electronics. (Si, si, ça existe, les pistes calmes de power electronics. Même si le genre est basé sur des prédateurs sexuels tueurs en série qui gueulent des horreurs sur du bruit qui casse les oreilles.) Je pense que je le rajouterai prochainement à ma page ambient sous le nom “desolate ambient” ou quelque chose comme ça.

Dans le genre, je peux recommander Housewife at the End of the World de Sofia Ozdravovna (le disque qui m'a fait découvrir le label, merci à Vincent Glandier), Bodies of Water de Head Dress, A Double Life d'Alocasia Garden (recommandé par L'Ombre sur la Mesure) — mais mon disque préféré, c'est Anatomy of Modern Paintings de Micromelancolié. (Sic. Oui, ça me dérange aussi de placer cet accent aigu là.) Que j'ai failli ne pas inclure sur ce top parce que la seconde piste me plaisait moins que la première… avant d'avoir l'idée d'en inverser l'ordre, ce qui fonctionne nettement mieux à mes oreilles. Le collage de la face B s'enchaîne étonnamment bien avec la boucle douce, triste et agréable, presque engourdissante, de la face A.
Anatomy of Modern Paintings





[Repost d'octobre] Māyopama de Miguel Isaza est un album basé sur le concept bouddhiste du même nom, qui se décline sur autant de pistes en : rêve, illusion magique, hallucination, mirage, écho, « cité de Gandharvas », réflection et apparition. C'est une musique très discrète, composée principalement à partir de phonographies qui, sans être reconnaissables, semblent changer l'espace dans lequel on les écoute. Quasiment rien n'arrive, mais c'est vraiment beau quand on y prête attention.
Māyopama






La plupart ont des clips aussi. Celles avec un bonhomme de neige figurent aussi dans le top albums (j'ai essayé de ne pas trop faire de redites, sauf quand il y a une piste vraiment exceptionnelle que j'ai écouté au moins une fois toute seule) !

☃  “Shout Down” de Doll$boxx (power trance metal). Big up à la batteuse aux cheveux bleus qui tue la mort avec son cri au début !

Aladdin” de Wednesday Campanella / 水曜日のカンパネラ (hip house). Tout l'album est très bon ! Juste un poil trop pop, joyeux et avec quelques effets qui m'agacent un peu pour que je le mette dans mon top, mais si j'avais essayé d'en faire un plus « objectif », il aurait mérité d'être dedans. Oh allez je l'inclus. Oh et puis non il est déjà tard et mon bras fatigue.

☃  “Synchronisica” de Polkadot Stingray (rock).

Sticky” de Ravyn Lenae (r'n'b). Le single est sorti fin décembre mais la piste fait aussi partie d'un EP à paraître.

Peter Hitchens” de Pessimist (drum'n'bass industrielle / techno).

☃  “Moons and Flowers” de Session Victim (deep house).

Pay Up” de Rapsody (hip hop). L'album vaut probablement le coup d'être écouté si vous aimez le hip hop, mais j'avoue qu'il est un peu long et dense pour moi — cette piste-là est vraiment ma préférée, super dansante.

LMK” de Kelela (r'n'b).

Dancing Is the Best Revenge” de !!! (dance-punk). Par contre l'album est tout naze à part cette piste.

Raingurl” de Yaeji (house, r'n'b).

Your Love Is a Power” de Lewis James feat. DanDansK (drum'n'bass).

High Enough” de K.Flay (rock). Très classique mais j'aime bien son style, il y a de bons trucs sur son disque.

Diamonds” de Xordox (synthés de l'espace).

Drive” de DJ Central & Erika Casier (house), et le remix de DJ Sports qui va bien aussi.

Search. Reveal.” de M.E.S.H. (IDM).

Underwater Lake” de Scanner (ambient), sur son autre album qui est nettement plus ambient.

… et puis toute la playlist Best of House 2017 des Chineurs, honnêtement, je ne l'ai pas encore finie mais j'ai la certitude qu'elle contient plein de pistes qui auraient encore mérité des places dans ce top.


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Statistiques, poussières et fonds de tiroir :

J'aurai fait ma sélection sur 178 disques, enfin un peu moins, il doit y en avoir une quinzaine là-dedans que j'ai téléchargés et pas encore écoutés.

L'album de Mézigue est décevant (surtout par rapport à ses EPs), mais il gagne quand même le prix du meilleur titre de piste de l'année avec “Je ne me déplace qu'en ascenseur ou en baskets lumière”.

Pour le packaging-gadget de l'année, je nomine l'ampoule USB de Gavin Miller (trouvée sur la liste d'A Closer Listen qui en a d'autres belles)… et j'élis la scie circulaire de Sujo, avec des sillons gravés, que l'on peut en théorie lire sur platine. Aux risques et périls de ladite platine.

Le disque le plus bizarre que j'aurai essayé (et je n'ai pas encore d'opinion à son sujet) est Sacred Horror in Design de Sote.

Le disque que j'aurai le plus écouté en 2017 aura peut-être été le Fabriclive 09 de Jacques Lu Cont (j'en ai parlé je ne sais plus quand), et ma piste la plus écoutée peut-être “Funky Souls” de Robert Hood / Floorplan.

Et le plus mauvais truc que j'aurai écouté est TapirLandia de Szarfaszú Vizelet, un disque de metal amateur hongrois de 11 minutes avec une pochette ultra-moche et toutes les pistes qui font référence à des tapirs. Ça peut avoir l'air génialement nul dit comme ça, mais la musique est simplement nulle, le genre de truc enregistré à l'arrache par deux ou trois potes qui voulaient s'amuser et c'est tout.