mardi 29 décembre 2015

♪ 40 : Secteurs Effacés par les Seconds Angles des Productions Futures

Musique électronique (IDM) hyperactive et mélancolique + grunge/indus rock (Nine Inch Nails, Soundgarden)* + adolescence + vieux blogs, internet et mauvais goût des années 90 + extraterrestres mutants + horreur corporelle + univers parallèles cryptiques + mindfuck = Garden of Delete. Un album à la fois dégueu, bordélique et génial, qui me conforte dans l'idée que Oneohtrix Point Never est l'un des artistes les plus pertinents de notre époque.

Garden of Delete n'est pas juste un album — c'est tout un univers mi-familier mi-bizarroïde qu'a créé Daniel Lopatin, avec un personnage principal du nom d'Ezra (un ado mutant extraterrestre si j'ai bien suivi), un groupe fictif Xx-DⒶRK-REBELLE-xX nommé Kaoss Edge, au moins trois comptes Twitter, un clip barré pour “Sticky Drama” avec des ados qui font du jeu de rôle grandeur nature, des tamagotchis et des blobs… Dire que c'est un album générationnel ou « pas du goût de tout le monde » serait tirer au BFG sur une porte ouverte. Pour les ex-semi-geeks comme moi qui ont passé le changement de millénaire sur des forums Aphex Twin et Nine Inch Nails, ça touche une corde sensible.

* Oui, parce que Oneohtrix Point Never était en tournée avec eux — mais plutôt que d'essayer de mélanger ces genres avec ses sons électroniques, Lopatin a transformé/transposé une partie de l'esprit de ces genres dans sa musique. Ce qui au final est plus proche d'un projet de Skinny Puppy, et encore… on reste loin.

Il est intéressant de contraster Garden of Delete avec son album précédent, R Plus Seven, qui prenait pour objet les esthétiques épurées si à la mode de nos jours et les rendait déroutantes, avec des vides, des configurations d'espaces étranges, une beauté déconstruite, inhumaine, plastique dans les deux sens du terme, mais une beauté quand même (illustrée parfaitement par le clip de “Problem Areas”)… R Plus Seven avait des paroles écrites (dans le livret) mais non chantées. Garden of Delete a des paroles qui confinent au non-sens, générées presque aléatoirement pour coller à la musique et retranscrites après coup.

En tout cas, pour moi c'est son meilleur album. Il n'y a qu'“Animals” que je n'aime pas trop.

Les entretiens qu'a donné l'artiste à des magazines récemment sont intéressants à lire aussi :
http://www.dummymag.com/features/oneohtrix-point-never-garden-of-delete-interview
http://www.factmag.com/2015/11/12/oneohtrix-point-never-garden-of-delete-interview
https://thump.vice.com/en_us/article/oneohtrix-point-never-told-us-the-story-behind-every-single-track-on-garden-of-delete



Avant le mouvement bubblegum bass, je n'aurais pas pensé que la pop puisse être extrême. Je voyais la pop comme un genre à la croisée de tous les chemins, toujours facile d'accès. Pourtant j'aurais dû m'en douter : il suffit d'accentuer à fond tout ce qui est dansant et accrocheur, tout ce qui est « mignon », tout ce qui est vulgaire ou autre, et voilà : on dépasse les limites acceptables et on arrive en terrain inexploré.

Product de Sophie est un disque ultra-pop, extrêmement artificiel et racoleur, aussi sucré et acide que possible, mais aussi très expérimental (même le single le plus évident possède la particularité de n'avoir aucune percussion). À proprement parler, ce n'est pas un album, c'est juste quatre deux-titres mis bout à bout, mais ça fonctionne mieux comme ça. 25 minutes uniquement, mais je pense qu'une heure entière deviendrait écœurante. C'est tour à tour très accrocheur (“Bipp”, “Vyzee”), carrément étrange et déroutant (“L.O.V.E.”), et quand je suis d'humeur j'aime beaucoup.

Dans le même genre, il y a aussi la compile PC Music Vol. 1 qu'il faut écouter, mais là j'atteins mes limites… Là où Sophie se focalise sur le dancefloor, le sexe* et l'expérimentation, les artistes de PC Music se complaisent dans univers digitaux rose bonbon avec des paillettes, des emojis et des amours adolescentes, et là quand je ne suis pas parfaitement dans le bon état d'esprit ça m'insupporte en quelques secondes.

* Suffit d'écouter les paroles de “Hard” ou d'aller voir parmi les produits dérivés officiels sur le site de l'artiste.



Irony Is de 2nd Gen, c'est ce qui arrive quand on croise hip hop industriel, noise et breakbeat. Et encore, quand je dis hip hop… il n'y a presque pas de rap ici, les voix sont plus proches du spoken word voire du chant — c'est plutôt une similarité avec des artistes comme Techno Animal ou dälek qui justifie le genre. La première place est prise par les énormes machines à faire danser qui crachent du bitume et des gravats partout. C'est entraînant, dansant, les sons sentent la distortion et le bruit mais il y a du groove là dedans.

Dans l'esprit, j'ai envie de dire que ça ressemble presque à The Prodigy en beaucoup plus sérieux (pas trace de clowneries ici) et beaucoup plus abrasif. Ça arrache en tout cas.



Je me rends compte que je n'ai jamais parlé d'A Narrow Angle de Marc Behrens. C'est un album composé d'enregistrements pris à Taiwan, « une île à trois noms », et contrairement à d'autres disques de phonographies qui favorisent la contemplation, voire proposent des paysages sonores quasi-ambient, A Narrow Angle est un album intense, très construit, beaucoup plus impressionniste et expérimental que documentaire. Les impressions d'être dans un endroit trépidant, entouré de machines, de lumières multicolores, ou dans des couloirs vides étrangers sont particulièrement vives.

La première piste plonge dans des salles d'arcade, c'est bruyant au point de donner le tournis ; la deuxième, dans le métro, se focalise sur deux types de « bips » qu'émettent les lecteurs de cartes d'abonnements, qui résonnent, interagissent, génèrent des microtons, on n'a plus du tout l'impression d'être dans un lieu de passage appartenant à une civilisation humaine. La troisième est enregistrée dans un temple taoïste, et on a des sons beaucoup plus naturels, du bois, du vent, peut-être de la pierre… mais dans un vide finalement tout aussi étrange et déroutant.

L'album est accompagné de cinq textes courts qui, plutôt que d'illustrer la musique, présentent des fragments complètement différents du voyage, des présences humaines et des événements plutôt que des environnements et des objets. Ils valent le coup d'être lus aussi. Enfin, on peut trouver neuf photos de l'artiste sur la page du label.



Pour pas mal de gens, la lowercase music est une curiosité, une musique qui a plus d'intérêt à être essayée (pour entendre jusqu'où on peut aller) qu'à être écoutée pour elle-même. Ça se comprend. J'aime beaucoup ce genre, mais d'habitude je préfère les albums les plus « musicaux » et les moins « radicaux » du genre, ceux qui m'évoquent quelque chose, qui ont une beauté propre… Là, j'ai affaire à une sacrée exception et ça va être difficile de convaincre qui que ce soit que ce disque n'est pas un foutage de gueule absolu.

Sectors (for Constant) de Sean Meehan est un double album ultra-minimaliste où le silence ne fait pas seulement partie intégrante de la musique : c'en est carrément l'élément principal. L'artiste joue de la cymbale et de la caisse claire en produisant des sons qui ressemblent plus à la vibration d'un doigt sur un verre humide, à un violon déchirant ou même à un ton presque pur qui rappelle les ondes sinusoïdales de Sachiko M. Sur le disque bleu, le plus dépouillé, l'artiste joue quatre fois en 48 minutes. Le reste du temps, soit la majorité du disque : rien ! Le disque violet est nettement plus animé, mais on reste si loin dans l'extrémisme sonore qu'on pourrait ne pas s'en rendre compte à première écoute.

Il existe au moins deux albums « connus » qui semblent jouer dans les mêmes cordes : A Young Person's Guide to Antoine Beuger, et Quartet de Nikos Veliotis, Taku Sugimoto, Kazushige Kinoshita et Taku Unami. Je les trouve moyens. Sur “Sekundenklange”, Antoine Beuger ne fait au final que jouer une mélodie trèèès lentement en espaçant beaucoup les sons (c'est un peu simpliste). Sur “Music for 4 Stringed Instruments” de Veliotis et al., les quatre musiciens jouent si peu et de manière si peu prévisible que rien ne se construit, ça semble aléatoire et du coup ça n'a aucun intérêt à mes oreilles. (Les deux pistes suivantes valent le coup, mais vu que cette première dure une demi-heure, ça tue un peu l'album quand même.)

Sean Meehan a un autre projet, qui me paraît beaucoup plus pertinent : dissocier intégralement l'instrument de tout contexte et toute histoire musicale (plus de rythmes, plus de mélodies, plus d'harmonies ni de dissonances, plus d'interactions entre les musiciens : ne reste que l'existence du son, l'art de la musique est réduit à néant), et rendre les sons et le silence aussi concrets que possible. Ça ressemble plus à de la peinture abstraite qu'à l'immense majorité des œuvres musicales que j'ai pu entendre. Les sons sont beaux, intéressants, mais dénués de tout sentiment, toute évocation. Et le silence (qui n'est pas tout à fait du silence, il y a un très faible bruit de fond) est dense, pas vraiment parce qu'on attendrait avec impatience le prochain son, mais parce qu'il est aussi indispensable à l'impression que provoquent les sons que les espaces blancs sont indispensables dans les arts plastiques.

Un mot sur la pochette : il s'agit de deux feuilles de papier recyclé épaisses thermocollées, sans inscription, qu'il faut déchirer pour pouvoir récupérer les disques et écouter la musique. Textures évanescentes dans les deux cas, et il faut choisir : soit la pochette, soit la musique, mais l'une interdit l'autre. Tirage évidemment limité, aujourd'hui introuvable. J'aime penser que, si tout le monde avait voulu écouter la musique et si internet n'avait pas existé, il n'y aurait aujourd'hui peut-être plus aucun exemplaire intact du disque.

… Ça vous convainc ? Franchement, ça m'étonnerait. Je crois que c'est le genre d'œuvre qui, si elle était plus connue, serait moquée et décriée par tout le monde, et que toute explication qu'on pourrait donner a quelque chose de ridicule.

J'ai écouté un autre album de Sean Meehan, Preconceived and Improvised Compositions for Drum Set ; il est assez éloigné de Sectors (for Constant). Ce sont des soli de batterie qui utilisent une large palette sonore, des rythmes intenses qui remplissent tout l'espace à des sons nettement plus retenus. Très peu de passages calmes ou silencieux. Pourtant, là aussi, l'artiste joue sur la présence et l'absence (celle d'autres musiciens ?), rend chaque son concret. C'est un album plus accessible, plus varié. Il est intéressant aussi mais il me marque moins.



Et puis si vous aimez la techno, procurez-vous la compile Futur II de chez Giegling.

Une heure vingt de beats éclectiques avec des sons minimaux, jazzy, dansants, rêveurs, dub, expérimentaux… par une bande de potes de Weimar qui, après avoir donné quatre concerts dans une baraque de trente mètres carrés qui a tenu lieu de bar étudiant puis de club avant de fermer, ont eu envie de continuer à faire de la musique ensemble. C'est une musique en gris colorés qui sonnent de plus en plus colorés au fil des écoutes, mi-mélancolique mi-joyeuse. Ce sont les pochettes qui m'ont donné envie d'écouter leurs disques, avec ce lettrage mécanique mais imparfait au tampon encreur, ça colle parfaitement.

Le site du label est très minimaliste, il y a juste plein de dates, quels vinyles sont encore disponibles à l'achat (jamais beaucoup, ils partent vite), et en ce moment, un mix d'une heure en téléchargement gratuit.

jeudi 24 décembre 2015

Rêves (Mai – Décembre 2015)

2 mai : Kendrick Lamar me montre plein de petits bouquins d’art qu’il a, et il me dit que son préféré (un artiste avec un prénom imprononçable et un nom de famille qui ressemble à Isimov) est un dessin gris et jaune avec des carrés et un couple qui s’embrasse.

4 mai : Je rêve que je suis à Paris, je ne sais pas pourquoi, dans un groupe de gens. Je m’éloigne pour me balader un peu, il y a un joli pont avec des saules. Mais alors que je passe sous un saule, il y a plein de petits coquillages dans les branches qui me tombent dessus (des petites coquilles d’escargots, surtout). J’en ai plein les cheveux.

16 mai : Une fille aux cheveux roses traîne avec une autre fille qui est un fantôme. Elle finit par se jeter par la fenêtre avec son carnet, ses stylos — on retrouve tout sauf son corps, qui a disparu : elle s’est changée en fantôme aussi. Parfois elle hante des feuilles de papier, mais ça ne marche bien que quand le papier a les bonnes proportions.

Fin juillet / 2 août : Je rêve que je suis dans la cuisine et que j'ai soudain très envie de faire pipi, sauf que je suis dans la cuisine et que je ne peux pas aller aux toilettes. Alors je fais pipi dans l'évier, sauf que je n'arrive pas à m'arrêter et l'évier se remplit de pipi vert (pourquoi vert ?). Du coup je continue à faire pipi sur la cuisinière et il y a plein de pipi vert dans la cuisinière, puis dans l'autre cuisinière à côté, je me dis oh là là ça va être pénible à nettoyer ça ! + Il y a une sorte de virus, ou de possession je ne sais pas, dans un village. Un petit gamin sympathique est infecté, ce qui est triste parce qu'il était sympathique, mais maintenant il faut le tuer et écrabouiller son corps pour qu'il n'en reste plus rien. Hélas, il reste une partie de son corps par terre dans le jardin, on dirait un axolotl coupé en deux qui bouge encore, j'ai peur et je dis qu'il faut s'en débarasser mais les autres disent que non, c'est bon. Je sais que c'est pas bon et qu'on va se faire infecter aussi si on reste là ! + Ensuite j'ai rêvé d'une école primaire allemande où les murs sont rouge brique.

10 octobre : J’ai rêvé que j’étais dans le sud de la France et que je visitais une… je ne sais pas trop, peut-être une citadelle, ou un lieu de culte d’une secte peu connue. C’est impressionnant, en pierre gris sombre avec une grande porte couverte, sur les murs on voit des sortes de médailles de cuivre, sur chaque médaille il y a une lettre hébraïque et il y a d’autres lettres en pierre aussi. Par moments ça me rappellerait presque une sorte de monastère tibétain mais en beaucoup plus « brut », avec là aussi des sortes de cloches côniques décorées, mais toujours des inscriptions en hébreu. On a une belle vue depuis un des balcons. On peut avoir l’impression de s’y perdre un peu.

27 octobre : Je suis sur un terrain de football où les joueuses n'ont qu'une jambe, et peut-être qu'un bras aussi. J'essaie de partir avant que le match ne commence pour ne pas me faire bousculer dans tous les sens, mais je ne sais pas par où il faut partir. Puis je rêve d'un château où une vielle femme, Vera Lynn, cherche à prouver à la reine qu'elle est la mère de je ne sais plus qui (quelqu'un d'important). Hélas, une grande femme est une impostrice et essaie de faire croire que c'est elle la mère, la vieille femme ne réussira pas à se faire entendre.

15 décembre : Georges Perec écrit une histoire où il se réincarne en nougat et parle à un singe.

23 décembre : Je regarde un grand arbre (un bouleau, peut-être) depuis en-dessous ; le tronc est clair avec des bosses, de la mousse. Une pluie parfaitement horizontale tombe dessus et l’eau ruisselle le long du tronc, qui commence à ressembler à de la pierre. C’est beau.

Mots (3)



XV.

Est-ce qu'on a un mot pour désigner ce qui n'est pas tout à fait humoristique mais presque ? Cette légèreté qui détend un peu l'atmosphère, ces petits jeux de mots et incongruités qui, sans être drôles au point de faire rire, préparent aux vraies blagues qui vont suivre ?


XVI.

Le mot « solitude » est-il connoté négativement, ou est-ce la solitude même qui est presque toujours vue négativement dans notre société ? On a des nuances pourtant : solitaire – seul – esseulé(e)… et encore. Même « solitaire » est plus neutre que positif.

Encore une fois, le láadan a un mot pour ça : « elasholan », seul(e) et content(e) de l'être… Il y a sans doute d'autres langues qui ont cette nuance aussi. Je trouve que ça manque.


XVII.

« La tomate, c'est un fruit, pas un légume. » Cette phrase est d'une bêtise étonnante — et on peut considérer qu'il s'agit d'un jeu de mots involontaire.

La première partie, tout à fait juste, devrait nous rappeler que le sens botanique du mot « fruit » (organe formé à partir de la fleur, qui protège la graine ches les angiospermes, merci Wikipédia) n'est pas le même que son sens culinaire (qui n'obéit à aucune définition stricte mais reflète nos habitudes alimentaires). Ceux qui rajoutent « pas un légume » se plantent doublement : déjà, ils mélangent les deux sens à nouveau, et en plus ils se retrouvent avec une opposition complètement infondée.

En allemand, tout est plus clair : le fruit au sens botanique, c'est die Frucht, le fruit au sens culinaire, c'est das Obst. La phrase ne tient plus !


XVIII.

Un article très intéressant à lire sur la féminisation des noms de métiers : http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/ — Où il ressort entre autres que nombre de noms de métiers féminins existaient, mais ont été délibérément supprimés…


XIX.

Un salaud, c'est un homme exécrable. Une salaude, c'est une femme exécrable.
Un salop, c'est un dévergondé. Une salope, c'est une dévergondée.

… Vous connaissiez la différence ? Quasiment plus personne ne la fait, et ça en dit assez long sur les mœurs dominantes de notre société. J'ai appris ça en lisant “La Sémantique, C'est Élastique”, de James, dans La Revue Dessinée. (Allez-y pour chercher un auteur qui s'appelle “James” ensuite… Il est là : http://james-o-rama.tumblr.com)

En tout cas, le mot « salope » est sans doute celui que je déteste le plus de la langue française : en plus d'être devenu sexiste (allez traiter un homme de « salop » dans ce sens-là, personne ne vous comprendra ! on dira plutôt « chaud lapin » ou « Don Juan », ce qui est nettement moins rude), il est faux-cul comme pas possible (on aime se rincer l'œil mais on insulte celle qui nous permet de le faire ?).

D'après le dictionnaire, le mot « marie-salope » (un bateau qui drague (…) le sable et la vase) ne serait pas vulgaire. Difficile à avaler. Ça sonne terriblement vulgaire même si ça ne l'est pas.


XX.

Comment appelle-t-on ces confiseries composées d'une meringue mœlleuse* sur une gaufrette, recouverte de chocolat ? L'appellation classique, « tête de nègre », n'est plus utilisée pour des raisons évidentes, mais on ne s'est pas accordés sur un nouveau nom. Boule de neige, boule de mousse, tête choco… j'ai aussi lu (mais jamais vu) arlequin ou boule de suif… Ce mot-là a éclaté en mille morceaux, aujourd'hui je ne saurais plus quoi dire. Reste le fantôme de l'ancien terme, et plein de termes qui n'arrivent pas à le recouvrir.

Tant qu'on peut encore en manger..!

* et pas d'une guimauve comme le dit Wikipédia ?! Ou alors c'est régional…


XXI.

Les mots sont des guides pour la pensée. Parfois, ces guides peuvent être trompeurs.

Un bel exemple, c'est celui de « perfection »… On peut imaginer un cercle parfait, un blanc parfait, mais cela a-t-il un sens de parler de personne parfaite ou d'œuvre parfaite ? Si le mot « perfection » n'existait pas, y penserait-on seulement ? … Ce mot fait-il plus de mal que de bien ? Parfois, j'ai l'impression que oui.


XXII.

Une chanson de Coil que j'aime beaucoup s'appelle “Batwings (A Limnal Hymn)”. À l'époque, j'avais cherché le mot “limnal” un peu partout sans le trouver — même le grand dictionnaire en une dizaine de volumes de la fac ne l'avait pas ! Sur internet non plus, rien.

Aujourd'hui, on le trouve très facilement ; ça veut dire « qui a rapport aux lacs ».


XXIII.

On m'a dit une fois que la quiche se disait « ouiche », ce qui m'a fait imaginer un Q dont la queue n'aurait pas été visible et qui aurait été pris pour un O (la ouiche étant donc une sorte de quiche au nom castré). La page Wiktionnaire m'apprend que « ouiche » peut être une interjection qui marque l'incrédulité, un énième terme argotique régional pour le zizi, ou un adjectif qui signifierait « swag mais pas hipster » (plaît-il ?). Elle m'a aussi appris que c'était à l'origine une scène d'un film connu que je n'ai pas vu. Je ne sais toujours pas ce qui expliquerait cette incongrue castration du Q de la quiche. Bref, le mot « ouiche » n'est pas très sérieux, laissons-le.


XXIV.

Les gens qui disent « venir » pour « jouir » m'énervent. Non seulement c'est un bête calque de l'anglais, mais en plus c'est plus long, laid, et ça peut même être ambigu. Jouissez correctement, bon dieu !

… D'ailleurs, c'est drôle comme on n'a pas de véritable équivalent français pour “to enjoy”. Oui, littéralement c'est « jouir », mais… c'est tellement connoté sexuellement qu'on aurait du mal à l'utiliser pour parler d'un bon roman, d'un jeu vidéo ou d'une part de gâteau aujourd'hui. Et « profiter de » est plus limité. Du coup, il faut être plus précis, mais parfois on se heurte à une impasse quand même.


XXV.

Le mot “xłp̓x̣ʷłtłpłłskʷc̓” est répertorié dans le Wiktionnaire. Il signifie « il possédait un cornouiller du Canada » dans une obscure langue américaine et ne possède aucune voyelle. Si vous l'utilisez un jour, ce sera pour épater la galerie ou lors d'un quiz.