vendredi 28 juin 2013

Björk















































Björk Guðmundsdóttir est une chanteuse-compositrice-musicienne islandaise que tout le monde connaît. (C’est peut-être la seule personnalité islandaise que tout le monde connaît, d’ailleurs.) Vous avez tous déjà entendu au moins quelques-unes de ses chansons, vu ses habits extravagants, vous connaissez peut-être son côté excentrique et son accent islandais à couper au couteau (qui semble presque disparaître quand elle chante). Pendant les années 90, Björk était tout simplement incontournable pour qui s’intéresse un tant soit peu à la musique populaire — et impossible à éviter pour qui ne vit pas reclus en hermite dans une grotte au Tadjikistan. Son heure de gloire est un peu passée aujourd’hui, même si elle continuera probablement à avoir des millions de fans jusqu’à la fin de sa carrière (on ne détrône pas une colosse aussi facilement).

Comme beaucoup de stars de la pop, Björk aura gagné sa réputation en sachant présenter de nouveaux courants musicaux de manière fédératrice, à la fois nouvelle et consensuelle (non allez, je vire cette phrase à la noix) — Dans les années 90, Björk incorporera des influences house et trip-hop dans ses chansons, qui deviendront des références du genre ; son album le plus connu mariera ces sons venus de la musique électronique à un octuor d’instruments à cordes ; plus tard, elle prendra ses distances avec l’air du temps et sa musique deviendra plus expérimentale. Mais commençons par le début…



… enfin, en vitesse, parce que ses débuts, je les connais mal. Debut n’est pas le premier album de Björk. Le premier album de Björk, stricto sensu, c’est un obscur disque éponyme, enregistré quand elle n’avait que onze ans. On y retrouve une reprise de “The Fool on the Hill” des Beatles traduite en islandais, une chanson écrite par le beau-père de Björk, d’autres chansons écrites par d’autres gens (Björk en aura quand même composé une)… et non, je n’ai pas écouté ce disque. Entendre la voix qu’avait Björk à onze ans, ça peut être mignon, mais je ne sais pas si à cet âge, dirigée par plein d’adultes, elle a pu vraiment créer quelque chose qui lui soit propre. J’en doute un peu. L’album n’est pas référencé sur la discographie officielle, ce qui laisserait entendre que l’artiste même n’approuve pas (ou plus) la galette en question.

Björk commencera sa « vraie » carrière musicale au sein de plusieurs groupes : un du nom de Spit and Snot dont elle seule semble avoir gardé la mémoire, deux groupes de post-punk appelés Tappi Tíkarrass (littéralement « bouchon dans le cul d’une chienne » !) et KUKL (« sorcière »), et un groupe pop/rock indépendant déjà plus connu, qui aura rencontré pas mal de succès : The Sugarcubes. Je ne connais pas bien les Sugarcubes, j’ai juste écouté leur album Life’s Too Good une fois — le chanteur me saoûle un peu, à part “Cold Sweat” ça n’est pas tout à fait mon style.

Björk enregistrera aussi un album intitulé Gling-Gló en collaboration avec un trio de jazz, chantera sur deux pistes d’ex:el de 808 State (un album sympa, par un groupe majeur du courant acid house)… et je zappe peut-être encore un ou deux trucs. Tout ça pour dire que Björk avait déjà de l’expérience quand elle lança sa carrière solo avec :



Debut, sorti en 1993 (donc quand Björk avait 28 ans). La pochette laisse imaginer un album un peu candide, discret, voire un style épuré. Ce n’est pas tout à fait le cas : si on retrouve une certaine innocence et un certain idéalisme dans les chansons au niveau des paroles, le style « classique » de Björk (ces chansons plutôt pop aux arrangements léchés, comportant presque toujours un ou deux éléments originaux : les percussions un peu inhabituelles sur “Venus as a Boy” ou “Human Behaviour”, par exemple) est déjà bien en place. Son chant aussi. Au niveau de l’écriture, c’est variable : il y a deux ou trois classiques comme “Human Behaviour” sur ce disque, mais à côté de cela, pas mal de pistes un peu oubliables.

On trouve aussi sur deux ou trois pistes de Debut un aspect stylistique que j’aime beaucoup mais que l’artiste abandonnera par la suite : des beats électroniques très dansants, orientés house voire dance music. Björk aime la musique électronique et ça s’entend ! Certains singles se feront d’ailleurs remixer par des pointures techno comme Fluke ou Underworld… et quelque part j’aurais bien aimé qu’elle continue dans cette voie, mais qu’importe. Les autres influences électroniques qu’elle adoptera par la suite se marieront aussi très bien avec ses chansons. (Mieux, diront certains.)

La majorité des éditions incluent “Play Dead” en piste bonus à la fin de l’album ; composée pour la B.O. du film The Young Americans, il s’agit de l’une des meilleures chansons du disque selon moi, sinon la meilleure. J’aime aussi beaucoup “There’s More to Life Than This”, enregistrée paraît-il dans les toilettes d’un bar ou d’un club, qui réussit à paraître intimiste tout en ayant les sons les plus orientés dance de l’album… un peu tout le style de Debut en condensé.


Post, sorti en 1995, démarre très fort avec “Army of Me” : piste très affirmée voire agressive, avec des sonorités mécaniques et grondantes, elle se démarque nettement des styles qu’on a pu entendre sur Debut. La pochette l’annonçait déjà, cette piste semble le confirmer : Post est un disque aux thèmes plus adultes. Mais à la suite d’“Army of Me”, c’est une belle chanson d’amour un peu particulière que nous fait écouter Björk sur “Hyperballad”, où l’on retrouve à la fois de la tendresse et des rythmes discrets rappelant un peu l’IDM… Plus loin, on trouvera aussi des chansons calmes et intimistes, comme la très simple “You’ve Been Flirting Again” ou le final “Headphones” — et, à l’opposé, plein d’énergie sur “I Miss You” (que j’aime particulièrement). À côté de cela, “It’s Oh So Quiet” semble sortie d’une comédie musicale — et détonne franchement un peu avec le reste du disque (je la zappe assez souvent). Les sonorités house et dance ont quant à elles disparu pour laisser la place à quelques influences trip-hop ; Tricky a d’ailleurs co-écrit deux titres, dont l’excellente “Enjoy” (l’autre piste un peu sombre du disque). Et au milieu de tout ça, il y a “Isobel”, que vous avez pu écouter au début de l’article et qui fait partie de mes chansons préférées de Björk après “Jóga” et “Hunter”.

Bref, sur ce disque (l’un des plus variés de l’artiste), Björk s’approprie avec talent tout une multitude de genres en vogue à l’époque et les combine pour former son style propre. Le résultat est mon album préféré de l’artiste ! La plupart des fans lui préfèrent cependant…


… (je laisse les points de suspension en suspens un moment pour vous dire que Post est suivi de Telegram, un album de remixes avec notamment LFO, Mika Vainio (de Pan Sonic), Deodato etc. — comme pas mal d’albums de remixes, je l’ai trouvé sympa mais je préfère toujours revenir aux originales) …







Homogenic, souvent considéré comme le chef d’œuvre de Björk. Les beats et influences électroniques diverses sont toujours là, mais accompagnées par un octuor à cordes (l’Icelandic String Octet) qui donne à la musique une autre élégance, un son moins typé « années 90 »… disons que si Debut et Post s’appropriaient l’air du temps, Homogenic s’en démarque un peu et a des prétentions plus atemporelles.

“Hunter” et “Jóga”, qui ouvrent l’album, sont absolument sublimes et dégagent une impression de puissance calme, presque froide mais intense ; “Bachelorette”, qui vient une piste après, est grandiose, lettre d’amour presque menaçante et ensorcelleuse. J’aime moins “Unravel” ou “5 Years”, que je trouve trop répétitives, trop simples et, pour être honnête, trop mielleuses (je m’attire sans doute les foudres de certains fans en disant ça — “Unravel” fait partie des chansons les plus populaires de Björk). Il n’y a que peu de moments vraiment rythmés et dansants sur Homogenic : seules “Alarm Call”, qui rappelle le style de Post, et “Pluto” (dont l’instrumentation glitch évoquera à certains un bug passé en boucle !) mettent vraiment en avant ces aspects. (Je les aime beaucoup toutes les deux.) Le final est l’une des chansons les plus douces de Björk… et ce final me décevra toujours, car la version utilisée, sans percussions, me plaît nettement moins que le mix original utilisé dans la vidéo (avec les deux robotes qui s’embrassent (les clips de Björk sont souvent très bons en passant, et certains sont même sublimes)). Homogenic a beau être un chef d’œuvre pour la plupart des gens, à mes oreilles, c’est un disque inégal. J’adore cinq des dix pistes ; les cinq autres me touchent nettement moins.


Selmasongs est la bande originale de Dancer in the Dark de Lars von Trier. Je n’ai pas écouté ce disque. Je n’ai pas voulu voir Dancer in the Dark non plus. Ce n’est pas du tout mon genre de film, il risque de me faire un pincement au cœur insupportable pendant des années.










Vespertine est l’album le plus intime de Björk, et aussi l’un de ses plus réussis. Pour une fois, toutes les chansons sont dans un style similaire, un style beau et original qui évoque l’hiver, l’intimité et la chaleur au milieu du froid… un « disque pour le foyer », un disque-« aquarelle » (plutôt qu’une peinture à l’huile), dans les mots de l’artiste, sans pour autant tomber dans des poncifs acoustiques : on entend ici de la harpe, du clavicorde et du célesta (un instrument entre le glockenspiel et le piano), mais aussi pas mal de sons électroniques. (Björk compare Vespertine à « de petits insectes qui sortent de la cendre ». Elle dit des choses étranges parfois. Comme quand elle a prononcé la phrase de remerciements “I am grateful grapefruit!” (sic) aux Brit Awards, à l’occasion de la remise de je ne sais plus trop quel prix gagné par Homogenic.)

Vespertine est un album très soigné, très accompli, le plus cohésif de toute sa discographie. C'est mon préféré après Post (et avant Homogenic).


Après Vespertine, Björk sort deux compilations/coffrets/rétrospectives (dont je ne parlerai pas parce que je n’écoute pas de best ofs), 4 CDs live (Debut Live, Post Live, Homogenic Live et Vespertine Live — réunis en un coffret), et annonce qu’elle fait « table rase », que sa carrière va prendre un nouveau départ. Ce qui se confirmera à l’écoute des albums suivants, pour la plupart nettement moins pop et plus expérimentaux… À commencer par Medúlla (« mœlle » en latin), album qui remplace quasiment tous les instruments par des voix humaines. C’est le premier album véritablement bizarre de Björk ; vous avez intérêt à aimer le human beatbox, les chants a capella et les jeux de gorge inuit si vous voulez vous y aventurer !

Medúlla est un disque très intéressant pour son côté expérimental ; les formes prises par les voix sont souvent surprenantes, parfois déroutantes. Le disque fut en général très bien reçu par la critique. Mais personnellement, je trouve ce disque plus intéressant que véritablement agréable à écouter ; j’aime “Oceania”, j’aime la très belle “Vökuró” (une reprise d’une chanson islandaise), de nombreuses autres me laissent de marbre. J’attendais beaucoup d’une collaboration entre Björk et Mike Patton ; le résultat est beaucoup trop sage à mon goût. “Show Me Forgiveness”, courte chanson a capella, n’a rien de particulier… d’autres pistes un peu dissonantes me semblent n’aller nulle part. Medúlla est un disque que je respecte, mais qui me déçoit. Je ne l’écoute que très rarement. Je sais que d’autres gens l’adorent. À vous de voir.


Vous connaissez Matthew Barney ? L’artiste qui a fait The Cremaster Cycle, cette série de films extrêmement bizarres voire dérangeants, à la symbolique complexe, avec des images qu’on dirait sorties de rêves tordus — montrés uniquement dans des musées d’art contemporain… Hé bien en 2005, Björk convole et collabore avec Matthew Barney, et elle participe à Drawing Restraint 9, un autre de ses films mettant en scène une histoire d’amour étrange et surnaturelle sur un baleinier au Japon. Il est aussi question dans ce film de shintoisme, de métamorphoses, d’une sculpture géante en paraffine et de cérémonie du thé.

Afin de composer la bande son du film, Björk voyage au Japon pour y étudier la musique japonaise traditionnelle. On retrouve donc sur (The Music From) Drawing Restraint 9 du shô, une performance de nô… et surtout un sentiment général d’étrangeté qui peut rappeler celui qu’on ressent en écoutant certaines musiques japonaises, dissonantes aux oreilles non habituées. Un grand minimalisme, aussi. Ce disque est tout aussi barré et surprenant que Medúlla — et pour tout vous dire, on n’a vraiment pas l’impression d’entendre un disque de Björk quand on l’écoute ! La chanteuse reste silencieuse sur la plupart des pistes, qui sont intrigantes, inclassables, aussi éloignées que possible de tout ce qui est pop. On peut y entendre un univers sonore original, ou bien de la branlette expérimentale dissonante qui fait mal aux oreilles. Drawing Restraint 9 est le disque le plus atypique de Björk, et nombreux sont ceux qui ne l’ont pas aimé du tout. Pour ma part, je l’aime bien !

… à part “Holographic Enterpoint”, piste de nô de dix minutes sans accompagnement, lourdingue au possible. En même temps, c’est la seule que Björk n’a pas composée.


Il y a un grand obstacle qui menace tous les artistes qui se renouvellent à chaque album et poursuivent une longue carrière, un point que je redoute toujours de voir mes artistes préférés atteindre : le retour en arrière. Quand les artistes, en panne d’inspiration peut-être, s’arrêtent d’aller de l’avant et reviennent sur les chemins qu’ils ont déjà parcouru, sans parvenir à égaler leurs gloires passées. Volta, c’est ça : Björk a de nouveau envie de faire de la pop mais n’y arrive plus aussi bien qu’avant, l’inspiration manque, les chansons sont vaguement sympathiques mais au final oubliables, et l’album est médiocre. Les fans y trouveront leur compte, sans doute, les autres pourront passer leur chemin. Pas besoin de s’apesantir dessus. (En plus, la pochette est ridicule.)


Je ne suis pas de ces fans fidèles qui suivent leurs artistes préférés où qu’ils aillent pendant l’intégralité de leur carrière, qui gardent la même passion pour eux peu importe le nombre des années, et qui tiennent à avoir chaque disque qu’ils sortent. Il y a tout simplement trop d’artistes intéressants pour rester scotché(e) à un(e) seul(e)… Arrivée là, Björk aurait pu arrêter sa carrière que ça ne m’aurait pas fait grand-chose ; j’aurais continué à réécouter ses premiers disques de temps à autre avec plaisir, et ça m’aurait suffi. Tout ça pour dire que, quand Biophilia est sorti en 2011, je ne l’ai pas écouté — et c’est seulement au moment d’écrire cet article que j’y ai jeté une oreille. Deux fois et demie pour le moment. Ça n’est pas assez pour le juger, mais je ne sais pas si j’y reviendrai… pas parce que l’album est mauvais, mais parce qu’il ne me parle pas du tout. Biophilia est un album de chansons au style plutôt académique-expérimental, un peu comme Medúlla sans la contrainte des voix à la place des instruments ; un petit peu comme Vespertine aussi par moments mais en nettement plus distant, moins chaud, moins immédiat. Les chansons de Biophilia sont en général lentes et contemplatives, et… franchement, je ne sais pas quoi vous dire. Elles ne m’accrochent pas. Quand Björk chante “heeeeaveeeeen… heeeaaaven’s booodiieees…” sur “Cosmogony” (l’un des rares moments dont je me souviens), elle atteint peut-être l’illumination ou l’exstase mais me laisse de marbre. Les synthés simplistes sur “Thunderbolt” ne sont ni beaux, ni intéressants à mes oreilles. Les seuls moments où Biophilia a réveillé mon intérêt, c’est sur les éruptions de drum’n’bass à la fin de “Crystalline” et sur “Mutual Core” ; sans ça, j’aurais pu m’endormir. Mais la plupart des critiques ont apprécié cet album, bien plus que Volta en tout cas. Je pense que je vais laisser cet album aux autres.

Avec tout ça, je n’ai pas mentionné le fait que Biophilia est un album entièrement multimédia, chaque piste étant illustrée par une application (“app” ? application ? il y a une différence ?) pour iBidule, iChose ou iTruc. Ces applications sont conçues notamment avec la collaboration de Stephen Malinowski (l’inventeur de la Music Animation Machine), et… je ne sais pas trop s’il s’agit de jeux ou de vidéos interactives, probablement quelque chose entre les deux, l’idée est intéressante en tout cas (je l’essaierai si j’en ai l’occasion un jour, mais je n’ai pas d’iMachin). Le disque est également sorti dans un coffret ultra-deluxe-power-limité, en bois, 200 exemplaires, contenant un livre et une série de diapasons spéciaux (chacun étant ajusté à la tonalité de l’une des pistes).


[edit : 22 avril 2015] Après ces déceptions, j'avais donc fini par prendre mes distances avec l'Islandaise — et puis là, bonne surprise : elle ressort un nouvel album de chamber pop ! Un écho à Homogenic et surtout à Vespertine, et à mon avis le meilleur album qu'elle ait sorti depuis ce dernier.

Vulnicura suit sa rupture de Björk avec Matthew Barney ; l'artiste dit s'être réfugiée dans la composition pour instruments à cordes, et ce sont des chansons nettement plus directes qu'on entend ici, avec des accompagnements riches où les violons sont au premier plan, plus des expérimentations électroniques contemporaines pour secouer un peu le tout (Björk a collaboré avec The Haxan Cloak sur “Family” et avec Arca, un des producteurs en vogue du moment, sur tout l'album… en parlant d'Arca, j'ai trouvé son album Xen trop formaliste et décevant, mais bon, c'est pas le sujet).

Plutôt que d'être un album cérébral (comme un peu tout ce qu'a sorti Björk à partir de Medúlla, dans la seconde partie de sa carrière), Vulnicura vient du cœur, et c'est peut-être pour ça qu'il fonctionne là où Volta avait échoué.

Il n'y a qu'une chose qui manque un peu à ce huitième album, ce sont des titres-phares, des singles auxquels on aurait envie de revenir tout particulièrement. Pas de “Hidden Place”, de “Pagan Poetry” ni de “Cocoon” ici… c'est ces pistes qui achevaient de faire de Vespertine un excellent album. N'empêche, Vulnicura est un beau retour.











… Voilà, c’est tout (ouf) !

En résumé, je vous conseille de prendre Post, Homogenic et Vespertine en priorité (et de commencer par Post ou Homogenic), puis de voir ce qui vous intéresse dans les autres disques après.

Vous pouvez aussi y aller dans l’ordre chronologique, en commençant par Debut.







Le saviez-vous ? En Islande, il n’y a pas de noms de famille ! Tout le monde s’appelle « fils de ___ » ou « fille de ___ ». “Björk Guðmundsdóttir” signifie « Björk, fille de Guðmundur ». (La fille que Björk a eue avec Matthew Barney s’appelle Ísadóra Bjarkardóttir Barney.)

+ Tout le monde prononce Björk « byork », mais la prononciation islandaise ressemble plutôt à « pyeurk ». Ce prénom signifie littéralement « bouleau ».

lundi 24 juin 2013

Whateverest

Il y a quelque temps, j'avais posté le clip d’“Inspector Norse” de Todd Terje (un excellent tube nu-disco, sur un EP excellent aussi).

J'avais aimé le clip autant que la chanson, mais je croyais que c'était Todd Terje qu'on voyait danser partout, concocter sa drogue avec des produits de supermarché et faire une rave party tout seul dans son petit patelin norvégien… en fait, il s'agissait de Marius Solem Johansen (alias Inspector Norse), un musicien raté et paumé qui poste des vidéos de danse sur Youtube. Et le clip est tiré du court métrage documentaire Whateverest, sur la vie de ce Marius.

C'est un chouette film sur un loser un peu fantasque, parfois drôle et un peu ridicule, souvent doux-amer et touchant. Et peu importe si tout ça est inventé.


“Whateverest… It’s just the heap of things that never worked out.”

On peut s'y retrouver un peu…

mercredi 19 juin 2013

Lectures (3) : Lolita dort, dans un bateau voguant sur la route du temps, près du point Omega où se sauvent les machines.

Dernièrement, j'ai lu :


Lolita de Nabokov, que j'ai beaucoup aimé. En même temps je m'y attendais, vu la réputation qu'a le roman et vu que j'avais déjà aimé Pale Fire… L'histoire n'est pas aussi glauque qu'on pourrait le craindre — rien de véritablement choquant aujourd'hui, mais une écriture remarquable (avec un narrateur pédant au possible, pervers, antipathique… mais brillant, et même attachant) et une histoire mouvementée, bien écrite, qui tient en haleine avec ses mystères et ses poursuites. Vraiment rien à redire, c'est réussi à tout point de vue. Je lirai probablement un troisième roman de Nabokov dans les temps à venir.




Point Omega de Don DeLillo : bien écrit, pas inintéressant, mais… j'en attendais plus. L'histoire peut se résumer intégralement en une courte phrase, et cette phrase paraît inachevée. Pire : elle n'est pas si originale que ça. Le style descriptif, analytique, très intellectuel de DeLillo donne l'impression que le livre contient quelque chose de profond, que tout est calculé, mais au final rien n'émerge vraiment. On peut avoir l'impression de poudre aux yeux : l'écriture même est agréable, certains apartés donnent matière à réflexion, mais il y a plus de forme que de fond là-dedans. (Du même auteur, j'ai préféré White Noise.)




The Time Machine de H.G. Wells : Un bon classique. Les classiques me déçoivent rarement. Je vais continuer à lire des classiques.




The House of Sleep de Jonathan Coe : Plus léger mais très sympathique !

Les chapitres impairs se passent en 1983 et racontent les dernières années d'études de jeunes gens qui vivent ensemble dans une grande maison ; leurs ambitions se dessinent plus ou moins bien, des amitiés se lient, des amours naissent, certains se cherchent, d'autres cherchent une solution à leurs problèmes… L'histoire est portée par les personnages : un idéaliste qui n'ose pas s'ouvrir, un cynique passionné (de cinéma), une fille un peu perdue qui ne s'assume pas, un dérangé, etc.

Les chapitres pairs suivent les mêmes personnages treize ans plus tard, en 1996. Et c'est intéressant de voir comment les personnages sont arrivés là où ils sont, les conséquences inattendues de certains actes, le caractère des personnages qui a plus ou moins évolué, etc.

The House of Sleep est très prenant, et aussi très drôle par moments. J'aurais peut-être aimé une fin plus « concluante » mais je chipote ; j'ai beaucoup aimé ce roman et j'ai déjà commandé un autre du même auteur.




The Road de Cormac McCarthy : pas mal. On sent l'influence que le roman a eu par la suite, notamment sur The Walking Dead, ce côté « survie à la dure dans un environnement post-apocalyptique » raconté de manière aussi réaliste que possible. Sauf que The Road, ça n'est quasiment *que* ça : le récit d'un père et de son fils qui essaient de survivre, au jour le jour, en voyageant dans un monde ravagé, dans le maigre espoir de trouver un endroit plus hospitalier. Pas de grand événement inattendu. Pas d'épiphanie. Presque pas d'autres personnages. Deux ou trois paragraphes m'ont surpris, je crois trois en tout, à chaque fois j'ai cru qu'ils annonçaient quelque chose de nouveau : peut-être une vision, une raison, une allégorie, un changement… mais non. Il n'y a au final rien que le récit, écrit de façon très lapidaire, d'un périple rude et presque sans espoir — et de la relation entre un père et son fils.

The Road est un bon livre quand même, parce que même avec ce peu de choses, il parvient à émouvoir — mais j'ai eu l'impression qu'il aurait pu durer deux cent pages de plus, ou deux cent pages de moins, sans que ça change grand-chose. Je comprendrais qu'on abandonne avant la fin. Je pense aussi que j'aurais dû le lire avant de découvrir The Walking Dead, parce que The Walking Dead, en partant quasiment du même principe (les zombies en plus, certes, mais les zombies dans The Walking Dead ne sont qu'un prétexte), fait quelque chose de nettement plus vivant et stimulant. Du moins dans les 10-12 premiers tomes de la BD et dans le jeu vidéo (je n'ai pas regardé la série).

Dans le même genre, ça m'a aussi rappellé Dragon Head, un manga publié plusieurs années auparavant et qui jouait un peu sur les mêmes cordes. J'ai lu ça quand j'étais au lycée je crois, donc ça fait un sacré bail, mais dans mes souvenirs Dragon Head est franchement bon — à part la fin, un peu expédiée et qui ne donne pas les réponses qu'on attendait.




Le Bateau de Sauvetage de Denis Montebello : acheté sur un coup de tête dans une librairie où il jaunissait depuis des lustres (le prix était encore en francs !). C'était pas mal ; le récit d'un couple qui menace de se défaire, raconté d'un point de vue extérieur mais à fleur de peau des sentiments des personnages (surtout de la femme). Un roman qui lorgne du côté de la poésie.

vendredi 14 juin 2013

♪ 10 : la terreur psychédélique et minimaliste des bouseux industriels d'avant-garde

Dernièrement, j’ai écouté :

The Terror des Flaming Lips — un album psychédélique et insidieux. Un trip avec un son que j’aurais envie de qualifier de cool, même d’électrique par moments, mais qui ne transmet que trop bien par sa fausse indolence un sentiment d’anxiété et de malaise… Le son de ce disque est assez unique à ma connaissance. Pas tout à fait aussi bon qu’Embryonic, leur disque précédent (qui était assez incroyable, une sorte de rock psychédélique vraiment barré qui dépasse les frontières de son genre et où Wayne Coyne semble expliquer sa vision de l’univers), mais la comparaison n’a pas vraiment lieu d’être : The Terror est complètement différent et très réussi à sa manière.

À écouter du début à la fin, les pistes peuvent difficilement se séparer. À la fin, vous risquez de frôler la déprime, mais si vous êtes comme moi, vous en redemanderez quand même !

(Évitez le CD 3” bonus, très dispensable et qui ne colle pas du tout à l’atmosphère de l’album.)


Henry Flynt est un philosophe, artiste et musicien qui a voulu inventer une « nouvelle musique ethnique américaine » inspirée à la fois des musiques traditionnelles des États-Unis et des expérimentations minimalistes de La Monte Young (et consorts). “Avant-garde hillbilly music” : un pont jeté entre deux milieux culturels qui ne semblent pas avoir grand chose en commun, mais qui fonctionne !

Ça a donné notamment le dyptique You Are My Everlovin' / Celestial Power, deux pistes de trois quarts d'heure chacune : du drone aux accents très folk, très ruraux, qui peut rappeler étrangement des musiques traditionnelles d’autres pays (… ou alors c’est juste moi).

Évidemment, il faut aimer les drones : oreilles impatientes s'abstenir ! Mais jetez-y au moins une oreille, c'est intéressant.



Bondage Woman (ou Bondage Women selon les éditions) d’Anna Gardeck est un remarquable album de death industrial : une musique entre l’industriel et la noise music, soit un son très sombre, une intensité primaire qui s’exprime par des textures plutôt que des mélodies. Il y a des rythmes là-dedans quand même, et une atmosphère forte, parfois oppressante, impressionnante, de grandes machines terribles et sublimes… Des extraits de musiques qui n’ont rien à voir (classique, new age) viennent contraster avec les déferlantes de bruits à plusieurs occasions, aussi. Je préfère les passages où l’on n’entend que le bruit, irréprochables.

Les titres et la pochette sont d’inspiration (même plus que « d’inspiration », d’ailleurs) fétichiste… Je ne sais pas du tout si c’est censé se retrouver dans la musique aussi. Bondage Woman m’apparaît comme tout sauf une musique sensuelle ou évocatrice d’une quelconque sexualité, mais qui sait ? Peut-être que ça l’est pour une fétichiste.

En tout cas je ne peux que recommander cet album, hélas le seul qu’ait jamais sorti Anna Gardeck.


Two Solo Pieces de Jon Gibson est un de mes nouveaux disques minimalistes préférés. Je ne vais pas m’aventurer à essayer de décrire cette musique en détail, et encore moins de l’analyser, j’en serais incapable — je dirai juste que la première piste, “Cycles”, comporte vingt-trois minutes de drones d’orgue qui évoluent très lentement entre harmonies et dissonances (plus calme et moins hypnotique que les compositions similaires de Charlemagne Palestine), et que les quatre pistes suivantes (sur l’édition CD) deviennent progressivement de plus en plus « mélodiques », pour arriver à la magnifique “Song 1”, l’une de mes compositions préférées du genre.

La seule chose que je reproche à ce disque, c’est la deuxième piste à la flûte alto, jolie mais qui traîne en longueur.



Vu que j’aime le minimalisme et les drones en général, et qu’Eleh a dédicacé plusieurs de ses disques à des pointures que j’aime beaucoup comme Éliane Radigue ou Charlemagne Palestine, j’ai voulu écouter Floating Frequencies/Intuitive Synthesis

Mais je crois que là, j’atteins mes limites. C’est tellement minimaliste que les sillons des éditions vinyle, à ce qu’il paraît, dessinent des motifs réguliers visibles sur la surface des disques. C’est tellement minimaliste que je n’arrive pas à savoir si j’aime un peu Eleh ou pas du tout, ni même s’il m’intéresse. C’est presque comme écouter du silence, ou regarder une toile abstraite qui… qui représenterait cette pochette, en fait, sans le dessus : un cercle blanc sur fond noir. Rien de plus.



Enfin, The Unacceptable Face of Freedom de Test Dept. est l’album que je ferai dorénavant écouter à quiconque me demandera ce que c’est que la musique industrielle.

(Pas que ça risque d’arriver très souvent, vous me direz.)

dimanche 9 juin 2013

The Knife


The Knife est un groupe d’électropop/synthpop suédois qui ne ressemble pas à ABBA. Mais c’est sans doute l’un des plus importants dans l’histoire de la musique pop suédoise depuis ABBA. (Vous me direz « ouais mais on s’en fout de l’histoire de la musique pop suédoise, lol », ce à quoi je vous répondrai « euh, certes » en bafouillant parce que je n’ai aucun sens de la répartie.) Karin Dreijer Andersson et Olof Dreijer, frère et sœur, ont séduit les hipsters la critique et les auditeurs du monde entier avec leurs chansons pop au son très synthétique sans être rétro, très électronique tout en restant pop, et leurs textes féministes chantés par la voix particulière de Karin. Je les aime beaucoup alors je vais vous en parler.

Vous avez peut-être déjà entendu “Heartbeats”, leur tube le plus populaire et accessible — ou peut-être avez-vous entendu sa reprise par José Gonzalés, utilisée dans une pub il y a quelque temps. Sinon, ou pour vous rafraîchir la mémoire :



C’est avec ce son de bonbon acidulé, synthétique et aguicheur, que le groupe a bâti sa réputation. Mais Karin et Olof ont aussi enregistré des disques très différents, parfois bien loin de la pop, qui ont surpris — et parfois décontenancé — leurs auditeurs, tout en piquant la curiosité d’un grand nombre. Silent Shout, le disque suivant, était déjà bien plus sombre :



The Knife est devenu un groupe expérimental, assez imprévisible, et un auditeur qui aurait le réflexe d’écouter leur dernier album (Shaking the Habitual) après avoir entendu “Heartbeats” risquerait fort de faire la grimace ! Même si le groupe n’a pas une discographie très étendue, un petit guide peut donc valoir le coup afin de s’y retrouver.



NOTE : Si vous ne connaissez pas du tout The Knife, pas la peine de lire ce guide de A à Z : commencez par Deep Cuts si vous préférez la pop entraînante, ou Silent Shout si vous préférez quelque chose de plus sombre, plus étrange et plus marquant. Le reste est à découvrir après !



2001 : The Knife

Je vais passer vite sur celui-là. J’ai découvert le premier album de The Knife après leurs « grands albums » et je l’ai trouvé très décevant… certes, on retrouve sur The Knife beaucoup des éléments qui feront de Deep Cuts un disque réussi, mais le tout est moins bien fini, moins bien assemblé, un peu gauche. Plus intimiste et minimaliste aussi, assez loin des pistes de danse (certains préféreront). N’empêche que j’entends surtout sur The Knife un brouillon de ce qui viendra par la suite ; à réserver aux fans de leur style pop qui ont déjà écouté leurs autres disques, donc.




2002 : Nedsvärtning

Juste avant de sortir leur grand succès, The Knife enregistre une piste expérimentale de 13 minutes, sombre, étrange, sans paroles, pour accompagner une installation de l’artiste Peter Eccher. Intitulée Nedsvärtning av Bostäder (littéralement quelque chose comme « ternissement [assombrissement ?] des habitations » — mais le mot “nedsvärtning” a aussi le sens de « dénigrement »), l’œuvre d’Eccher montre la reconstitution en photos d’incidents inexpliqués survenus dans les années 70 en Suède : des appartements habités qui se recouvraient d’une substance noire semblable à de la suie. Personne ne sut à quoi le phénomène était dû, et aucune photo ne fut prise à l’époque ; Eccher décida donc de reconstituer le phénomène lui-même, et de recueillir les témoignages des victimes. Drôle d’affaire ; drôle de musique aussi, qui passe d’une sorte de dark ambient anxiogène à un rythme techno paniqué, pour finir sur une mélodie qu’on dirait venue d’un vieux film d’horreur B ou Z. Ce disque, jamais vendu officiellement (il fut distribué gratuitement avec une revue littéraire en Suède), n’est peut-être qu’un single mineur mais je l’aime bien, et je trouve qu’il est intéressant dans l’évolution du groupe. Il montre que même à ses débuts, The Knife avait une affinité pour ce genre de musique expérimentale.



2003 : Deep Cuts

Bonne nouvelle si vous avez aimé “Heartbeats” : tout l’album est du même acabit ! Soit un très bon album de synthpop voire même de dance-pop, qui vous fera sourire et danser, des mélodies qui restent en tête longtemps, des beats tout droit sortis d’une boîte de nuit pour les pistes les plus énergiques… mais aussi quelques chansons plus intimes ou plus déstabilisantes, et un côté décalé qu’on retrouve notamment dans les paroles. Frère et sœur donnent presque l’impression de s’infiltrer dans le milieu de la musique populaire avec cet album pour y laisser leurs messages : on peut écouter Deep Cuts pour la musique seulement, de manière “naïve”, ou bien plus attentivement et y voir un côté grinçant, parfois cinglant et engagé. Je n’ai quasiment rien à reprocher à cet album, qui contient un joli lot de tubes (mon préféré : “Girls’ Night Out”) et reste accessible tout en se démarquant. Et puis le final qui ressemble à une blague (sans en être une réellement) est absolument parfait.

NB : Certaines versions de l’album contiennent trois pistes bonus tirées de la BO de Hannah Med H : l’excellente “Handy-Man”, et deux autres plutôt oubliables.



2003 : Hannah med H Soundtrack

Une bande originale, donc des pistes relativement courtes et souvent instrumentales, plutôt dans la lignée de Deep Cuts… Je n’ai écouté ce disque que deux fois, à chaque fois il m’a paru anecdotique mais sympathique. Ou sympathique mais anecdotique. À réserver aux fans, disons. Une piste se démarque surtout : “Handy-Man”, l’une des chansons les plus gay du monde, avec un rythme de marteau ultra-viril, un groove carrément efficace et une voix pour une fois bien masculine. Elle ne ressemble à aucune autre piste dans la discographie du groupe, mais je l’adore !




2006 : Silent Shout

Deep Cuts avait déjà un style marqué, original et incisif ; Silent Shout va encore plus loin. The Knife éteint les lumières et commence à faire peur. Le son est sombre, électrique et franchement unique, l’album à la fois séduisant et menaçant. La voix de Karin est modifiée par pitch shifting par moments et joue avec nos perceptions (c’est elle aussi qui chante les voix masculines !). L’ouverture sur la piste-titre est à la fois feutrée et déstabilisante, toute en douceur synthétique avec une mélodie et des paroles qui hantent ; “Neverland” avec son rythme fou vous fera danser avec la boule au ventre ; “The Captain” vous emmènera sur des mers inconnues ; plus loin, l’album se révèle aussi intime, met en avant une certaine fragilité sur des pistes comme “Forest Families” ou le final “Still Light”… Et puis il y a “We Share Our Mothers’ Health”, qui est l’une de mes chansons préférées de tous les temps, l'une des chansons plus originales et aussi les plus accrocheuses du groupe.

Voyage nocturne parfois presque oppressant mais sublime, tableau dérangeant du monde actuel, œuvre engagée qui ne sacrifie jamais la musique à son propos, Silent Shout n’est pas que le chef-d’œuvre de The Knife : c’est le meilleur album des années 20XX pour le moment selon moi.

NB : Il existe une version “deluxe” de l’album, contenant l’album en CD, le DVD live Silent Shout: An Audio Visual Experience ainsi qu’une version audio (CD) du même concert. Je vous la conseille, le live est très bon à tout point de vue !



2009 : Fever Ray – Fever Ray

Après la sortie de Silent Shout, Karin et Olof entament des projets solo chacun de leur côté. Karin sort, sous le nom Fever Ray, un remarquable album au son plus doux et plus feutré, plus orienté art pop, moins « déformé » tout en gardant une esthétique étrange et séduisante. (L’artiste aime Sonic Youth, Kate Bush, Le Tigre et Siouxsie & the Banshees ; elle signe également, hors album, une reprise de “Mercy Street” de Peter Gabriel.) Pas la peine de vous dire que l’atmosphère garde une certaine noirceur : la pochette signée Charles Burns (l’auteur de Black Hole) vous annonce tout de suite la couleur ! Fever Ray se paie aussi de superbes vidéos pour “If I Had a Heart” et “When I Grow Up” (deux des meilleures pistes du disque : dans la première, on dirait la mort qui nous chuchote à l’oreille, dans la deuxième une voix qui tranche dans la lumière). En fait, Fever Ray n’a pas grand-chose à envier à The Knife, et ce disque est l’un des meilleurs de la discographie des Dreijer.



2008 – ? : Oni Ayhun

Olof, quant à lui, reste dans l’ombre avec son projet Oni Ayhun : une série de quatre (bientôt cinq ?) EPs sans titre, sortis confidentiellement sur formats vinyle et digital (pas de CD). On ne savait même pas qu’il s’agissait d’Olof Dreijer au début d’ailleurs, le projet étant anonyme et les disques ne comportant aucune information à part des descriptions imagées sur le site officiel… mais la patte de l’artiste se reconnaît à l’écoute.

Il s’agit plutôt de techno minimale expérimentale, mâtinée selon l’EP de jazz, de dark ambient, de house, de dub… chaque disque adopte un son différent, et tous sont intéressants (ou du moins intrigants). Les amateurs de beats inhabituels peuvent se procurer les quatre ; j’ai pour ma part un gros coup de cœur pour le troisième, un petit bijou house entraînant à souhait !



2010 : The Knife in Collaboration with Mt. Sims and Planningtorock – Tomorrow, in a Year

En 2009, la troupe de théâtre danoise Hotel Pro Forma monte un « électro-opéra » expérimental sur la vie et l’œuvre de Charles Darwin, et plus spécifiquement son ouvrage L’Origine des Espèces. Hotel Pro Forma demande à The Knife de réaliser la bande son de ce spectacle… et le résultat final n’a *rien* à voir avec Deep Cuts ou Silent Shout. Quand j’ai écouté ce double album pour la première fois, je l’ai arrêté avant la fin et laissé de côté pendant des mois ! On dirait le travail d’un autre groupe ; atonalité, dissonance, voix d’opéra… tout est fait pour prendre l’auditeur à rebrousse-poil. Le plus hermétique vient d’ailleurs en premier, avec l’intro à la limite du lowercase (du silence, des gouttes d’eau qui tombent, du silence, deux-trois bruits électroniques), la relativement dissonante Epochs et la franchement lourdingue Geology (seule piste que je n’aime toujours pas aujourd’hui). Plus loin, l’auditeur dubitatif mais persévérant aura certainement l’impression qu’on se fout de sa gueule avec les “pout ! pout ! pout ! pout ! pout ! pout ! pout ! pout ! poutpoutpoutpoutpout !” a capella de “Letter to Henslow”.

Pourtant, la bête mérite d’être apprivoisée. Parce que ces sortes d’alarmes dissonantes, ces vagues métalliques, la voix de soprano de Kristina Wahlin, ces chants qui semblent sortir de nulle part… ont leur beauté propre, que je n’ai que rarement entendue ailleurs. Et si le premier disque reste très froid et formaliste, le second est très touchant, beaucoup plus chaud — quand on arrive à “Colouring of Pigeons”, piste de onze minutes chantée à trois voix (on avait presque oublié l’existence de Karin), Tomorrow, in a Year devient véritablement superbe. Un long périple à travers l’incertitude et le froid que ne tenteront que les oreilles les plus courageuses, mais celles-ci seront récompensées ! Aujourd’hui, ce disque est peut-être mon préféré de The Knife après Silent Shout.

J’aimerais bien voir l’opéra en entier… en attendant d’y assister en vrai, on peut toujours regarder quelques extraits ici.



2013 : Shaking the Habitual

Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui s’attendaient à un grand retour pop de The Knife : ce nouvel album (à la pochette scandaleuse) est résolument déroutant et expérimental ! Shaking the Habitual évite les singles évidents, les structures habituelles, les harmonies… tout n’est pas aussi difficile d’accès que sur Tomorrow, in a Year, mais on sent que le but du groupe n’a pas été d’écrire de belles chansons ni des pistes aguicheuses. Shaking the Habitual propose une musique qui se veut déroutante et stimulante. Ce qui se traduit par des rythmes africains croisés avec des beats électroniques, des dissonances, de longues pistes instrumentales minimalistes… Le disque est également intellectuel, militant et provocateur, rempli de citations et références (son titre même vient d’une phrase de Michel Foucault*). Parmi les thèmes abordés : le féminisme, l’environnementalisme, le structuralisme, les inégalités entre extrême richesse et extrême pauvreté (entre autres dans la BD de Liv Strömquist contenue dans le livret)… Et puis cet album est long, avec pas mal de pistes de huit, neuf minutes — et même une piste de dark ambient de dix-neuf minutes.

Pour être honnête, Shaking the Habitual aurait gagné à être édité davantage : il est un peu trop long, a peu de cohérence esthétique et parfois des allures de branlette expérimentale. N’empêche que “A Tooth for an Eye”, avec son petit côté Björk en plus étrange et ses percussions africaines, “Full of Fire” avec sa rage contenue à la limite  pendant neuf minutes, ou encore “Raging Lung” sont d’excellentes chansons ; et pour qui aime le dark ambient minimaliste, “Old Dreams Waiting to Be Realized” est franchement réussie. (Ceux qui n’aiment pas le genre s’ennuieront comme des rats morts pendant les dix-neuf minutes que dure la piste. Pour ceux-là, il existe une version abrégée de l’album, sur 1 CD au lieu de 2, qui l’omet complètement… peut-être aurait-il fallu sortir cette piste seule ? Mais la pause qu'elle donne entre les deux moitiés du reste de l'album n'est pas une mauvaise idée.) Shaking the Habitual est un album qui vaut plus que la somme de ses pistes par certains côtés et moins par d'autres. Il mérite — et réclame — l’attention, à défaut d’être parfait.

À noter que les performances live du groupe sont encore plus osées et contestées que l’album : il ne s’agit pas de vrais concerts mais plutôt d’un spectacle, avec une dizaine de personnes déguisées ou travesties (difficile de savoir qui est Karin et qui est Olof dans le lot), des danses libres, et… quasiment tout joué en playback. Si les fans ont, dans l’ensemble, plutôt apprécié Shaking the Habitual, beaucoup de gens ont été très déçus par ces « faux concerts » qu’ils considèrent comme du foutage de gueule. À vous de décider si vous voulez tenter l’expérience ou pas !

* « Le travail d'un intellectuel n'est pas de modeler la volonté politique des autres ; il est, par les analyses qu'il fait dans les domaines qui sont les siens, de réinterroger les évidences et les postulats, de secouer les habitudes, les manières de faire et de penser, de dissiper les familiarités admises, de reprendre la mesure des règles et des institutions, et à partir de cette re-problématisation (où il joue son métier spécifique d'intellectuel) participer à la formation d'une volonté politique (où il a son rôle de citoyen à jouer). »

Jouons encore avec Geoguessr (3)

(Le début est ici → (1) et la suite là → (2).)


13.


C'est beau. Un peintre pourrait s'installer pile à cet endroit et faire quelque chose de chouette, honnêtement. Ça me fait penser au Canada ou aux États-Unis, à cause des feuilles d'automne rousses (ce qui est une raison idiote de penser au Canada) et peut-être à cause du style de maison (ce qui n'est pas très fondé non plus, juste une intuition comme ça).


Je commence à connaître un peu ce jeu maintenant, suffit de se déplacer jusqu'à trouver une inscription et rechercher cette inscription sur Google…

“Lanttogården är en 1800-tals lantgård som restaurerats i tidstypisk byggnads-stil. Här erbjuds övernattning med självhushåll. Lanttogården är Kääntöjärvis hembygdsgård med en massa sevärda bruksföremål. Den kan även hyras för boende, möten, konferenser m.m.”

Cette description est toute en suédois, à part le nom Kääntöjärvi qui est on ne peut plus finlandais. Le saviez-vous ? Il existe une minorité de finnophones en Suède et une minorité de suédophones en Finlande. Vous en foutez-vous ? Probablement. En l'occurence, ça permet de ne pas savoir du tout si on est en Suède ou en Finlande, à moins de chercher une carte sur Google.



C'est pas très grand, Kääntojärvi. 11 habitants au total… et quasiment trois fois plus d'hommes que de femmes.

J'espère qu'il y a au moins un(e) bon(ne) peintre parmi ces 11 personnes.





14.


Monsieur Google est en train de se casser la figure depuis une falaise : (


Ah non.

Mais Monsieur Google ne suit pas le chemin comme tout le monde, Monsieur Google n'emprunte pas l'escalier comme tout le monde, non, monsieur Google fait son rebelle à marcher sur les gros cailloux à côté, genre M Google dans la place G2O représente son style tavu le monde est à moi j'peux aller partout yo j'marche sur les gros cailloux.

(… monsieur Google ne gagnera sans doute pas le prix du rappeur le plus talentueux de sa génération.)

Toujours est-il qu'en l'absence de chemin, je ne peux pas me déplacer. Les flèches habituelles en bas de l'écran ne sont pas là.


Ce H indique peut-être une piste d'atterrissage pour hélicoptère, ce qui ne m'aide pas du tout. D'ailleurs ça me paraît plutôt petit et accidenté comme piste d'atterrissage. J'hésiterais à y faire atterir autre chose qu'un mini-hélicoptère Mécano. Mais c'est peut-être parce que j'apprécie mal les distances.

Sinon il y a une carte illisible et une plaque tout aussi illisible (elle a l'air complètement noire) sur un rocher à côté… Franchement, je ne vois pas. Je vais cliquer au pif dans une région où il y a des montagnes, en Asie parce que les touristes de dos ont l'air vaguement asiatique, mais si ça se trouve je me plante complètement.




15.


D'habitude je râle quand je tombe sur une route, mais celle-là est assez marrante, tiens. Il y a une voiture qui avance dans l'eau, et des types qui courent après.

J'aimerais signaler au grand génie civil responsable de cette situation que les ponts, c'est censé se construire au-dessus de l'eau, pas dans l'eau.


Je me demande si monsieur Google est en voiture et se gausse des gens qui le suivent dans la gadoue, ou bien s'il est en train lui aussi de gambader joyeusement dans les eaux boueuses en essayant de rattraper la voiture devant.


Même écrire des panneaux lisibles, ils sont pas capables dans ce coin. C'est tout flou.
Ça ressemble à « Katherine 192 », non ?
Allons voir plus loin.












Ah ben oui, elle est là. Salut Katherine. o/


Je vous laisse deviner dans quel pays c'était. J'aime beaucoup le nom du parc Purnululu au sud-ouest en tout cas.



16.


Cette mosquée ( ? ) est bien jolie, je me demande si c'est un édifice connu que je ne connais pas ou…


Curieux — on dirait un alphabet latin qui imite l'alphabet arabe. Ou de l'arabe qui imite l'alphabet latin ? Je déchiffre “Kpelltebckke cyberkpbi”, ce qui ne ressemble pas à grand chose et me paraît assez imprononçable. C'est peut-être un autre alphabet que je ne (re)connais pas.

Sous l'inscription, plein de portails numérotés. Aucune idée d'où on est ni ce que peut bien être ce bâtiment, mais ça m'intrigue.


Ah OK, c'était de l'alphabet russe avant. J'aurais dû y penser tiens, je me sens bête !



Ils ont des bâtiments qui claquent pas mal, les russes, quand même.
C'est peut-être Poutine qui envoie les architectes et les ouvriers au goulag s'ils ne construisent pas de bâtiments assez beaux pour lui, allez savoir, mais le résultat est là.


Sympathique, cette petite carriole !
J'ai essayé de tâtonner avec le visualisateur clavier pour rentrer les caractères sur Google, mais sans succès… je ne reconnais déjà pas la sorte de lambda après la sorte de C, donc c'est mal parti pour la suite.

En me baladant un peu, j'ai vu un truc de l'Unesco, plein de bâtiments à l'air classe et une demoiselle habillée en rose fuschia et noir. C'est une grande ville en tout cas. Je vais tenter Moscou à tout hasard ?





17.


S'il y avait un peu plus de couleurs criardes, des anneaux qui tournent partout et du poison rose en bas, je dirais qu'on est dans le monde Chemical Plant de Sonic 2.

(À quoi sert ce grand dôme mystérieux en arrière-plan…?)


Il y a quelque chose qui me plaît dans ces grands paysages géométriques de métal et de béton aux couleurs naturelles, au milieu des grands espaces. Une usine, c'est généralement moche, quand on ne voit qu'un hangar peinturluré aux couleurs de l'entreprise. Mais là, ces assemblages de formes brutes, non repeintes, ça s'harmonise même avec le paysage.


Même le panneau d'entrée est sobre et de bon goût : pas de mascotte à la noix, pas de couleurs primaires ni de polices kikoo.


Le nombre d'éoliennes sur les collines derrière est impressionnant… ça doit faire un de ces bruits ! (J'ai entendu dire que vivre près d'éoliennes pouvait être très désagréable d'ailleurs, provoquer des migraines constantes etc.)


Bon, j'ai trouvé grâce à un panneau indicateur, comme d'habitude. L'intérêt du jeu n'est pas vraiment là je trouve, c'est plutôt de tomber au hasard dans des endroits sympa.




18.


Monsieur Google est dans un stade de foot en train de regarder un match invisible entre deux équipes de joueurs invisibles qui jouent avec un ballon invisible. On s'amuse comme on peut, monsieur Google.

Ce qui est cool, ce sont les boutons à gauche qui permettent de changer d'étage, j'avais pas encore vu ça !


Le stade est en construction en fait, du coup c'est un peu plus intéressant à voir que ce à quoi je m'attendais.


Ça me donne envie de sortir, toute cette neige ! Peut-être qu'on verrait monsieur Google manger une poutine, puis monsieur Google se casser la figure sur du verglas ? Allez, on clique sur les étages du haut, direction la sortie !


L'un des joueurs de foot invisibles a fait l'amour à une femme visible et voici leur fils : un homme mi-visible, mi-invisible. Ou alors c'est un voyageur dans le temps, photographié pile en train d'aller voir en 2050 s'il y est.

Je n'ai pas trouvé comment sortir de l'enceinte du stade, mais au moins je sais précisément où on est. Sauf que je ne peux pas cliquer directement sur le stade de Montréal dans Google Maps, au lieu d'épingler le purnululu ça ouvre une mini-fenêtre avec des infos sur le stade. ¯\(°_o)/¯

Je dois épingler mon purnululu un peu à côté. Du coup je…


… hein ? Ah ben lol. J'ai cliqué au plus près possible sur le stade de Montréal et ça me donne ça \o/



19.


Je suis devant des bonsaïs d'une taille exceptionnellement grande, ou devant des arbres géants exceptionnellement petits. J'hésite.


J'admire le majestueux vol plané de ce brave pigeon nippon, que je baptise Purnululu.

Vole, Purnululu, vole ! Vole là où te mènent les vents, là où fleuriront tes rêves, là où… euh… là où monsieur Yoshida vend des glaces :


Monsieur Yoshida aime manifestement attirer l'œil de la clientèle avec des grands caractères partout. Si vous êtes curieux, les parfums de glace proposés sont chocolat (チョコ, prononcez “tchoko”), fraise (苺, prononcez “ichigo”), soda (ソーダ, prononcez “sôda”), matcha (抹茶, prononcez “matcha”) et… je ne sais pas trop, sur la dernière il y a noté vanille (“banila”) sur le cornet mais yuzu sur la boule.

Le soda bleu, je pense que c'est le Ramune/ラムネ (prononcez “lamouné”), une sorte de limonade japonaise beaucoup trop sucrée dont les bouteilles présentent la particularité d'être fermées avec une bille, maintenue par la pression du gaz carbonique — il faut taper pour éjecter la bille avant de boire, ce qui est plutôt chouette comme idée. Le Ramune existe en plusieurs goûts, dont le fameux goût “Disco Dance” (sic). Je suppose qu'il faut boire cette dernière avec les oreilles.

Quant au matcha, c'est de la poudre de thé vert au goût très prononcé, très herbacé — personnellement j'adore mais certains détestent ! C'est l'un des parfums traditionnels des desserts japonais avec l'azuki (haricot rouge sucré) et… euh, c'est quasiment tout. Les desserts japonais sont traditionnellement au haricot ou au thé vert, ils sont très jolis et très bons mais n'ont pas beaucoup de variété à ce niveau.

Et le yuzu, c'est une sorte d'agrume qui est en vogue un peu partout depuis quelque temps.


Nous sommes devant le château Kōchi, situé dans la ville de Kōchi, dans la préfecture de Kōchi.

http://en.wikipedia.org/wiki/K%C5%8Dchi,_K%C5%8Dchi

"Kocchi kocchi !" signifie "viens là !" en japonais. Cette information ne vous servira probablement jamais, mais si vous avez bien suivi ce post, vous savez désormais dire “viens là ! fraise !” en japonais.



20.


Ce cheval semble tourner la tête vers moi et me dire :


Hé bien allons-y ! Et… oh là là, mais c'est formidable !




Monsieur Google a gagné 1234567890 points pour cette manche.