samedi 24 mars 2007

Vruchtenhagel

ACTE O

les vruchtenhagel sont des petits vermicelles ou granules, selon la dénomination que l’on préférera, multicolores, sucrés et parfumés aux fruits. on les trouve aux pays-bas. on s’en sert en lieu et place de confiture pour en saupoudrer les tartines. mais j’ai fait une découverte fantastique : on peut aussi les utiliser dans des yaourts. que penser de cette découverte?


ACTE I

— c’est là une excellente question que vous me posez là est une excellente question. excellente question, monsieur... monsieur?
— je ne suis pas un monsieur.
— oh non. mon monde s’effondre. c’est la mort. symbolique certes, mais la mort tout de même. ma phrase, avortée, meurt d’avortement. au secours. ou plutôt non : à la tragédie. je demande à ce qu’un tragédien mette en prose cette tragédie!

un tragédien arrive. il porte un manteau. il cherche un porte-manteau pour qu’il porte son manteau. il n’en trouve pas. DRAME : il repart. l’homme à qui on a demandé ce qu’il pensait de la découverte des vruchtenhagel désespère.

— oh! ooooooohhhh! quelle tragédie! ma vie est une tragédie; je m’en vais la finir tragiquement car le déséspoir qui pèse sur mon âme a mangé mon espoir.

l’homme, qui était précédemment assis sur un tabouret, se lève. il gémit. son gémissement se change en grondement. au même moment, un coup de tonnerre retentit. en attendant, paniqué, l’homme regarde à gauche, à droite, à gauche, à droite, en haut, en bas, en haut, en bas, A, B, select, start et obtient ainsi des vies infinies. il décide de se suicider car peu lui importe, maintenant qu’il a des vies infinies.

un rideau arrive comme par magie, se ferme, se rouvre, remarque qu’il fonctionne parfaitement bien, et se referme donc avant de s’ouvrir sur l’


ACTE II

Richard et Anaïs entrent. j’ai choisi ces noms au hasard. Richard est habillé de brun.

Richard : c’est le lieu de la scène du crime, je crois.
Anaïs : quel crime?
Richard : un crime horrible, Anaïs. un homme, dont on ignore le nom, vient de suicider une vie d’un autre homme, amateur de tragédies, à coup de vruchtenhagels. vruchtenhageln. vruchtenhagel. quel est le pluriel de vruchtenhagel?
Anaïs : je n’en sais rien, je ne parle pas néérlandais.
Richard : comment! mais que fais-je entouré d’une co-équipière, femme, maîtresse, peu importe, la suite de la pièce nous le dira peut-être, qui ne sait pas plus parler néérlandais que moi!

Richard sort une dague de son slip et la plante dans le coeur d’Anaïs, qui défaille, tressaute, sursaute, fait trois pas de danse et hurle avant de tomber par terre.

Anaïs : aïe! mon coeur!
Richard : je t’occis!
Anaïs : mais... Richard...
Richard : je t’ai occite. occie. occiée ? occjesaispas.

Anaïs tombe à terre.

l’homme qui dit « oh non » : oh non!

soudain, un code pénal fantôme apparaît, à l’aide d’un effet spécial coûtant dix euros vingt-cinq centimes, devant les yeux de Richard.

Richard : oh non! qu’ai-je fait!
l’homme qui dit "oh non" : hé, arrête de me voler mes répliques!

Richard, paniqué, regarde à gauche, à droite, à gauche, à gauche, en haut, en bas, en haut, en bas, appuie sur B, A, select, start, se trompe et n’obtient pas de vies infinies. un grondement de tonnerre retentit et foudroie du regard un feu rouge qui passait par là. Richard s’enfuit en hurlant. il est à présent nu. nu et pourchassé, comme un animal sauvage. il se met à quatre pattes et grogne, jappe, miaule, couine et bêle. Mr Bison arrive. le rideau trouve ça trop ridicule et se ferme.


ACTE III


une ambulance arrive. un des médecins parle néérlandais. c’est l’illumination. Anaïs est transférée aux urgences, survit, se fait greffer un troisième bras parce que ce sont les soldes à l’hôpital, et connaît maintenant le pluriel du mot que vous connaissez tous. mais quel était ce mot déjà? le collectif inconscient de la conscience l’a oublié.

une distortion plasmatique survient. le narrateur change de point de vue sur la réalité et décide de raconter autre chose.


le narrateur : autre chose.


ACTE IV

l’auteur : je sais parfaitement ce que j’écris. j’écris « je sais parfaitement ce que j’écris ». ou du moins c’est ce que j’écrivis. je sais parfaitement ce que j’écrivis.
peut-être la conscience : sept lettres.
un crocrodile : pas mieux, j’en ait 10.

le crocrodile décide d’être le sujet d’une didascalie. ainsi soit-il.
le crocrodile : je suis satisfaisé de mon apparention dans ce pièce.
la grammaire française : Au secours.
le crocrodile : oh non! le grammaire français semble endangé! que faire-je?
la grammaire française : Je suis en danger.
le crocrodile : ne pert pas un espoir, grammaire français! je vien t’aidé.
la grammaire française : Ce crocrodile va me tuer. D’ailleurs « crocrodile » n’est pas un mot français.
le crocrod— BAM! BAM! un explorateur foudroie le crocrodile de deux balles de plomb. ce dernier tombe, foudroyé.

la grammaire française : Oh, merci! Mon héros! À qui ai-je l’honneur?
l’explorateur : Sprechen Sie Deutsch, baby?

la grammaire française          des yeux grands et médusés tels des O majuscules. elle         en hurlant sans  la peine de à droite ni à gauche, et         quelques verbes au passage.


ACTE V

tout le monde fuit en hurlant, à part un homme barbu. le collectif inconscient de la conscience ne sait toujours pas pourquoi. l’homme barbu reste au milieu de la scène. un lit s’y trouve, apporté par le rideau qui voulait se reposer. il s’y allonge, s’endort, et se met à rêver. mais il a des problèmes avec ses rêves. le ciel devient violet. un chien orange arrive avec une guitare. au moment où il veut aboyer, le rideau se fâche et envoie tout le monde dehors.

le rideau reste seul sur scène. il tente de prononcer des mots mais les verbes qu’a perdu la grammaire française lui manquent. et puis il n’a pas de bouche non plus. rouge de rage, il réalise qu’il n’est en fait rouge que de teinture. l’homme suicidé revient et annonce :

— quel désespoir, je vous l’avais dit! oui, je vous l’avais dit, la vie est une tragédie. je suis mort mais je suis en vie. car mes vies sont infinies.



ACTE VI et DERNIER parce que ça devient trop long

*jingle*



Aglaé présente la météo. il fait beau demain. mais Aglaé fait peur à tout le monde car elle a un corps d’araignée géante à partir de la taille et trois yeux. tous les gens se cloîtrent chez eux et personne ne sort de peur de rencontrer Aglaé. un homme demande « Quel rapport ? ».

Aglaé : tant pis, j’irai à la plage toute seule.

des frigos dansent. en fait ils ne dansent pas réellement : c’est un tremblement de terre qui les fait bouger d’une manière peu habituelle qui ressemble à une danse. un des frigos tombe à terre. il y a une glace dedans. un pingouin arrive. il ne voit pas la glace car il regarde le ciel violet. il marche sur la glace. et zip le pingouin.